Après dix ans de production sous-traitée au Maroc, Panafrica franchit un nouveau cap industriel en Côte d’Ivoire. Cofondée par Vulfran de Richoufftz et Hugues Didier, la marque française de mode et de baskets éthiques a investi 1 million d’euros dans une usine assortie d’un centre de formation. Avec une capacité initiale de 10 000 paires par an, elle ambitionne désormais de porter son chiffre d’affaires de 1,2 à 2 millions d’euros. Entretien avec Vulfran de Richoufftz, cofondateur de Panafrica et de Panafrica Shoes Côte d’Ivoire.
Propos recueillis par Olivia Yéré Daubrey
L’ouverture de votre usine en Côte d’Ivoire marque une étape importante dans l’histoire de Panafrica. Quelle vision de long terme sous-tend cette implantation et pourquoi avoir choisi la Côte d’Ivoire ?
Vulfran de Richoufftz : Notre vision, qui n’a jamais bougé, est de faire de Panafrica un levier de transformation sociale en Afrique. Le continent regorge de matières premières, de savoir-faire et de personnes qualifiées. Nous voulons montrer qu’il est possible d’y fabriquer des produits de qualité, tout en créant des emplois et en transmettant des savoir-faire. Dix ans après notre création, nous étions prêts à ouvrir notre usine. La Côte d’Ivoire réunissait plusieurs conditions favorables : un environnement économique dynamique, des infrastructures logistiques solides, une population jeune, et des fournisseurs [notamment de tissus wax et de batik, NDLR] avec lesquels nous travaillions déjà. C’est aussi l’un des hubs économiques et logistiques d’Afrique de l’Ouest.
Cette usine marque-t-elle, selon vous, le début d’un mouvement de réindustrialisation du textile et de la chaussure en Afrique ?
« En deux à trois mois, nous avons fabriqué en Côte d’Ivoire des baskets d’une qualité comparable à celle obtenue au Maroc. Cela ouvre le champ des possibles »

Quel est le modèle économique de cette nouvelle usine ?
« Nous souhaitons progressivement fabriquer l’intégralité des collections Panafrica sur place et atteindre 10 000 paires durant la première année »
Dans quelle mesure cette implantation modifie-t-elle votre stratégie de croissance ? Votre ambition est-elle de faire de cette usine un site destiné principalement au marché ivoirien, au marché africain ou aux marchés internationaux ?
« Cette implantation nous ouvre de nouvelles perspectives en Afrique, notamment des collaborations avec des marques et des créateurs africains qui ne disposent pas de solutions industrielles pour fabriquer leurs collections »
Vous associez cette usine à un centre de formation. Quels sont les métiers que vous souhaitez développer localement et quelles compétences estimez-vous aujourd’hui les plus stratégiques pour bâtir une véritable industrie africaine de la chaussure ?
« Nous employons une vingtaine de personnes et souhaitons rapidement atteindre cinquante salariés »
Quels sont les principaux obstacles auxquels vous êtes confrontés ?
V. R. : Les principaux défis sont la logistique, le transport et la faible disponibilité des matières premières. Une basket nécessite une trentaine de composants ; nous n’en trouvons qu’environ quatre en Côte d’Ivoire. Les autres, comme certaines semelles, les lacets ou les fils de couture, doivent être importés, notamment d’Europe. Cela allonge les délais et nous oblige à mutualiser nos achats dans des conteneurs. Nous devons gagner en agilité tout en conservant notre niveau de qualité.


Comment conciliez-vous exigences environnementales, production locale et compétitivité économique ?
V. R. : La traçabilité est un sujet central pour Panafrica. Nos clients doivent pouvoir savoir où nos matières premières sont achetées et où nos produits sont fabriqués. Posséder notre usine renforce cette transparence et notre impact social : nous créons des emplois formels, formons des personnes et développons leurs compétences. L’implantation en Côte d’Ivoire nous rapproche aussi de certaines matières premières et, demain, de nouveaux marchés de distribution. Elle contribue ainsi à répondre aux enjeux sociaux et environnementaux.
Comment définissez-vous aujourd’hui l’identité de Panafrica : marque française inspirée de l’Afrique, entreprise africaine ou modèle hybride ?
« La marque est beaucoup plus ancrée sur le continent qu’auparavant, tout en conservant un marché européen et une vocation internationale »
Trois mois après le démarrage de la production, quels premiers résultats pouvez-vous partager ?
V. R. : Nous avons formé 35 personnes aux aspects techniques et théoriques, puis retenu une vingtaine d’entre elles pour démarrer la production, et recruté une personne sur la partie direction d’usine. Aujourd’hui, nous pouvons produire environ 30 paires par jour. Notre objectif est d’atteindre 50 paires quotidiennes d’ici la fin de l’année et environ 10 000 paires durant la première année.
Quelles sont les prochaines étapes de votre développement ? Envisagez-vous d’étendre vos capacités de production ?
« La deuxième étape consiste à intégrer davantage de matières africaines dans nos collections, par exemple des pagnes baoulés ou de l’indigo »


Si vous deviez convaincre un investisseur international que l’industrie manufacturière en Afrique représente une opportunité, quel premier argument mettriez-vous en avant ?
V. R. : Clairement, le potentiel démographique. L’industrie crée de l’emploi : une usine qui emploie aujourd’hui 50 personnes peut demain en employer 2000. La croissance de la population active, notamment de la jeunesse, est sans commune mesure avec celle que l’on connaît dans les pays européens. Un autre argument tient à la diversification des chaînes de production. Depuis la crise du Covid-19, de nombreuses marques textiles, jusque-là très dépendantes de l’Asie, cherchent à rapprocher leur production de leurs marchés ou à diversifier leurs sites industriels. L’Afrique peut progressivement devenir une nouvelle base de production grâce à son bassin d’emploi, à son dynamisme et au développement d’outils industriels locaux. C’est une perspective importante pour les investisseurs.
Plus largement, quel rôle souhaitez-vous que Panafrica joue dans la réindustrialisation du continent au cours des dix prochaines années ?
Plus les marques engagées dans cette dynamique seront nombreuses, plus elles montreront que ce modèle est possible et feront naître de nouveaux projets. Si nous parvenons à construire une marque entièrement « made in Africa » et à montrer que l’Afrique représente aussi un espace d’innovation, de création de valeur et de production — au-delà des matières premières et de la consommation —, nous aurons gagné notre pari.
« Dans dix ans, nous aimerions avoir formé des centaines de personnes aux métiers de la chaussure et posé une première pierre dans le développement de cette industrie en Côte d’Ivoire »

Panafrica en chiffresDonnées communiquées par l’entreprise
• Chiffre d’affaires des trois derniers exercices : 800 000 euros, 1 million d’euros, puis 1,2 million d’euros
• Chiffre d’affaires prévisionnel : 2 millions d’euros
• Investissement dans l’usine et le centre de formation : 1 million d’euros à ce jour
• Capacité initiale de production : 10 000 paires par an
• Effectif du groupe Panafrica : 25 collaborateurs
• Capacité annuelle du centre de formation : 50 personnes
• Répartition des ventes : 80 % en France et 20 % dans le reste du monde
• Marchés africains : la Tanzanie et la Côte d’Ivoire représentent ensemble 10 % des ventes B2B
• Un partenaire historique depuis 2015 : Uniwax
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