500 ans du clocher de la cathédrale de Rodez (8/11) : Dominique Vermorel, fondateur de l’entreprise du même nom, clôt le chapitre d’une vie, mais pas son histoire
Après avoir passé près de quatre décennies à travailler sur l’édifice, Dominique Vermorel a désormais revendu les dernières parts de sa société, la cédant définitivement à trois de ses conducteurs de travaux. Il n’en reste pas moins intimement lié à la cathédrale.
La relation entre Dominique Vermorel et la cathédrale Notre-Dame de Rodez est de l’ordre de l’intime. Au fil des années, des décennies, l’artisan tailleur de pierre s’est mesuré à l’édifice, gravissant jour après jour les marches qui mènent aux planètes ou au clocher pour restaurer la cathédrale pierre après pierre. « Lorsque je suis entré en apprentissage comme tailleur de pierre, j’ai non seulement découvert un métier mais aussi une manière d’envisager la vie, raconte Dominique Vermorel. Il s’agissait d’apprendre, de transmettre et de servir une œuvre plus grande que moi. »
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Lorsqu’il arrive en 1983 à Rodez, afin de participer au chantier de restauration de la cathédrale et de la maison des Compagnons, impasse Cambon, Dominique Vermorel découvre ce qui sera le fil conducteur de ses quatre décennies de carrière. Un voyage immobile, au cœur de la cité ruthénoise. « Les monuments deviennent les meilleurs maîtres d’apprentissage : ils imposent l’humilité, la patience et l’exigence », raconte le tailleur de pierre.
« Poursuivre cette histoire »
Alors que les campagnes de restauration se succèdent, après cinq années passées au sein de l’entreprise Chevrin-Gély, Dominique Vermorel décide de créer sa propre entreprise. Au fil des décennies, les chantiers se multiplient, ici et ailleurs. Mais la cathédrale de Rodez occupe toujours une partie de l’esprit du chef d’entreprise. « J’ai eu la chance que les services de l’État me fassent confiance et me confient régulièrement des chantiers. Mais au-delà du travail en lui-même, ces chantiers m’ont permis à moi et mes équipes de monter en compétences », confie Dominique Vermorel.
Et puis, il y a eu l’incendie de Notre-Dame de Paris. Un cataclysme, les images de la flèche de Viollet-le-Duc qui s’effondre font le tour du monde. « Prendre part au chantier de restauration est indescriptible, se souvient-il. Même si j’ai toujours une préférence pour la cathédrale de Rodez… »
Car Dominique Vermorel a tissé une relation hors du temps avec l’édifice. « J’ai effectivement eu une relation privilégiée avec la cathédrale. Tout comme avec celles et ceux qui ont travaillé à sa restauration. Nous avons été entre ciel et terre, exposés aux éléments. À avoir été confrontés au temps qui passe, avec cette cathédrale qui est toujours plantée là. Qui était là avant nous et qui sera toujours là après. »
Alors, en 2022, au moment de préparer sa succession, « plusieurs groupes ont manifesté leur intérêt. Mais je n’ai jamais été intéressé par l’argent et je souhaitais que les valeurs qui m’ont porté tout au long de ces années perdurent ». Il choisit donc de transmettre à trois conducteurs de travaux. « Aucun n’est majoritaire. Tous partagent la responsabilité de poursuivre cette histoire collective dans le même esprit de confiance et de responsabilité », confie Dominique Vermorel.
« La boucle est bouclée »
Mais avant de tourner définitivement la page, il souhaitait accompagner ses équipes « jusqu’à l’achèvement du chantier de Notre-Dame, ainsi qu’au lancement de plusieurs opérations majeures : la cathédrale de Carcassonne, le fort de Brescou, le château de Bournazel et la dernière tranche de restauration de la façade sud de la cathédrale de Rodez ». Et ce dernier chantier « revêt une importance toute particulière. C’est sur cette façade que j’avais commencée en 1983. Et ce sont aujourd’hui mes successeurs qui achèvent sa restauration ».
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Aujourd’hui, « la boucle est bouclée », sourit Dominique Vermorel. En cédant les dernières parts de son entreprise, il clôt un chapitre de sa vie mais ne referme pas tout à fait l’histoire qu’il a écrite avec la cathédrale de Rodez. « J’ai souhaité transmettre une histoire, un savoir-faire, une manière de concevoir ce métier et la conviction que le patrimoine ne se possède pas : il se sert avec humilité avant d’être confié à la génération suivante. »
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« Nous ne sommes que de passage et les monuments sont là pour nous le rappeler. Notre rôle est simplement de les transmettre plus beaux que nous les avons trouvés, raconte celui qui s’est désormais investi un peu plus dans l’association des Amis de la cathédrale. Nous n’avons jamais possédé ces monuments. Comme je le dis, nous avons seulement eu le privilège de les servir pendant quelques années avant de les confier à ceux qui viendront après nous. Si, au-delà des pierres restaurées, nous avons dû transmettre le goût du travail bien fait, le respect des femmes et des hommes qui exercent ce métier, et l’envie de servir le patrimoine, alors nous aurons fait notre part. C’est sans doute la plus belle récompense d’une vie. »
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