La notion de “foyer”, le fait de se sentir chez soi, a toujours évoqué deux choses pour moi. D’une part, les lieux de mon enfance, au Soudan : les murs granuleux de ma chambre, les effluves des plats que cuisinait ma mère, le couinement du ventilateur au plafond qui repoussait la chaleur écrasante de l’été. De l’autre, le postulat tacite et fragile que cette terre sur laquelle nous vivions était immuable. Mais le 15 avril 2023, la guerre a fait voler ces deux réalités en éclats.
En trois ans, j’ai vu cette tragédie passer de la une des journaux à de simples appels à la mobilisation, avant de tomber dans l’oubli général. Sur place, pourtant, le bilan du conflit s’apparente à une liste exhaustive de la misère humaine dans ce qu’elle a de pire : la plus grande crise des déplacés du monde – avec près de 13 millions de civils forcés d’abandonner leur maison, soit un Soudanais sur trois –, sur fond d’insécurité alimentaire dramatique, d’innombrables faits de violence envers les femmes et les enfants, et d’actes relevant indiscutablement du génocide.
Le peuple soudanais n’attend pas qu’on vienne le sauver
Accaparée par d’autres atrocités, la majeure partie de la communauté internationale s’est détournée de cette tragédie. Mais le peuple soudanais n’attend pas qu’on vienne le sauver. Dans l’ombre du mépris international, et face à cette terrible cruauté, nous avons développé nos propres moyens de survie. Loin d’être pittoresque ou photogénique, le résultat est confus, épuisant et horriblement lent. Mais notre capacité de résilience est bien réelle, preuve s’il en est que nous ne nous laisserons pas terrasser par la souffrance.
La situation déplorable du Soudan n’est pas le résultat de sa pauvreté, mais du pillage de ses ressources. Aujourd’hui, c’est l’or qui attire toutes les convoitises, car les gisements soudanais figurent parmi les plus importants du continent africain. Et cette guerre a fait basculer la bataille des ressources dans une brutalité sans précédent.
Après la révolution de 2019 et le renversement du dictateur [Omar Al-Bachir], l’armée régulière soudanaise et les Forces de soutien rapide (FSR), une milice paramilitaire, ont trouvé une fragile entente sur le partage des pouvoirs. Mais les FSR, issues des milices janjawids responsables du génocide au Darfour au début des années 2000, avaient bien du mal à s’accommoder de l’autorité exercée par l’armée. Les tensions entre les deux groupes et leurs dirigeants sont allées crescendo, jusqu’à l’éclatement d’une guerre ouverte, en avril 2023.
[…] Lire la suite sur Courrier international
Sur le même sujet :
Crédit: Lien source

