Arrêté alors qu’il tentait de quitter illégalement le territoire, cet agitateur panafricaniste devenu embarrassant pour plusieurs États, et déchu de sa nationalité française, pourrait être extradé vers le Bénin où il est poursuivi pour son rôle présumé dans la tentative de coup d’État de décembre 2025.
Arrêté par la police sud-africaine en compagnie de son fils alors qu’il comptait traverser illégalement la frontière du Zimbabwe pour rejoindre l’Europe. L’itinéraire a de quoi surprendre. Mais les déplacements de Kemi Seba – l’étoile noire en égyptien ancien – sont quelque peu nébuleux depuis que celui-ci a été déchu de sa nationalité française.
Né en 1981 de parents béninois naturalisés français, ce panafricaniste de la première heure s’est fait connaître dès le début des années 2000 avec la création de la « Tribu Ka » ; une organisation dissoute en 2006 sur fond d’antisémitisme et de suprémacisme noir.
Opposé au « néocolonialisme » et au franc CFA, Kemi Seba a multiplié les actions et prises de position contre la monnaie commune, jusqu’à des gestes très médiatisés comme le brûlage d’un billet au Sénégal. Régulièrement expulsé ou refoulé de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest, notamment de Côte d’Ivoire, du Sénégal et de Guinée, il s’est progressivement retrouvé en difficulté pour circuler sur le continent.
Connu pour sa critique farouche de l’influence française sur le continent africain, Stellio Gilles Robert Capo Chichi – de son vrai nom – a fini par être épinglé pour ses liens avec le groupe paramilitaire russe Wagner et son soutien aux régimes sahéliens (regroupés au sein de la Confédération des États du Sahel).
En 2024, un décret paru au journal officiel de la République française actait sa déchéance de nationalité. Un courrier lui étant adressé motivait ainsi la décision : « [Vous adoptez] une posture constante et actuelle résolument antifrançaise, susceptible de porter gravement atteinte aux intérêts français et de nature à caractériser une déloyauté manifeste. »
Au lendemain de ce coup de massue, c’est le Niger du général Abdourahamane Tiani qui avait volé à son secours en lui offrant un passeport diplomatique pour faciliter ses mouvements.
Vers une extradition au Bénin ?
De fait, Kemi Seba possède toujours la nationalité béninoise. L’intéressé s’y était même établi en pointillé à partir de 2017 pour mener ses combats ouest-africains, avant de causer du tort au nouveau président, Patrice Talon, puis d’en repartir.
Le 7 décembre 2025, alors que Cotonou vacille sous l’action de mutins emmenés par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, l’activiste s’adonne à une bataille de narratifs. « Contrairement à la propagande [du Bénin] et de ses alliés français, le camp de Patrice Talon n’a pas repris le contrôle », commente-t-il. Pourtant, le jour même, les forces loyalistes, appuyées par le Nigeria et la France neutralisent la menace. Dans la soirée, les derniers otages sont libérés ; la tentative de coup d’État s’avère être un échec.
Mais fort de 2,6 millions d’abonnés cumulés sur ses réseaux sociaux, l’acte de désinformation a eu le temps de faire grand bruit. Quelques jours plus tard, Kemi Seba renchérit en décrivant le vent de panique qui a, selon lui, soufflé sur la « bourgeoisie néocoloniale béninoise » et son « tyran adoré », Patrice Talon. Le 12 décembre 2025, la justice du Bénin émet ainsi un mandat d’arrêt international à son encontre pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État, incitation à la haine, à la violence et à la rébellion ».
Un agitateur sous pression judiciaire
Quatre mois plus tard, que faisaient donc l’activiste et son fils en Afrique du Sud ? Arrêté dans un centre commercial de Pretoria après avoir monnayé leur passage illégal au Zimbabwe pour un montant de 13 000 euros, le duo se trouve pour l’heure en détention provisoire. Parallèlement, une procédure d’extradition a été lancée. Car le Bénin de Romuald Wadagni – dauphin fraîchement élu de Patrice Talon – compte bien juger l’homme sur son sol.
« Ce dernier a commis des infractions graves dont il doit répondre devant nos juridictions. Il est recherché à cet effet pour la tentative de coup d’État du 7 décembre qu’il a revendiquée tout en déclarant qu’il en préparait un autre », confie au Point Afrique, une source proche de la présidence.
Si la procédure aboutit, Kemi Seba pourrait être déféré devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet), une institution créée en 2018 par le président Talon et crainte pour la sévérité de ses peines.
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