Les relations déjà tendues entre le Niger et l’Union européenne ont connu un nouvel épisode de crispation à la suite de l’adoption, le 12 mars 2026, d’une résolution du Parlement européen appelant à la libération de l’ancien président nigérien Mohamed Bazoum. Présenté à Strasbourg par l’eurodéputé français et ancien officier supérieur Christophe Gomart, le texte n’a pas obtenu l’effet diplomatique escompté auprès des autorités de Niamey, qui y voient une nouvelle tentative d’ingérence dans leurs affaires intérieures.
Dans cette résolution, le Parlement européen considère la détention de Mohamed Bazoum comme « arbitraire » et appelle à sa libération dans un délai symbolique fixé au 2 avril 2026. Les eurodéputés mettent en avant le rôle de l’ancien chef d’État dans les dispositifs de coopération sécuritaire au Sahel et soulignent la nécessité, selon eux, de préserver les acquis démocratiques dans la région.
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Toutefois, du côté nigérien, cette initiative a été perçue comme une pression politique inacceptable. Les autorités de transition ont immédiatement réagi en convoquant la représentante de l’Union européenne à Niamey pour lui transmettre une protestation officielle. Dans leur déclaration, elles dénoncent une démarche « paternaliste » et une « ingérence grave » dans les affaires souveraines du Niger, rappelant leur volonté de décider de manière autonome des questions politiques internes.
La mission confiée à Christophe Gomart, ancien général de l’armée française et figure reconnue des milieux militaires et du renseignement, n’a donc pas permis de rapprocher les positions entre les deux parties. Fort de son expérience dans plusieurs théâtres d’opérations, notamment au Sahel, en Afghanistan et en ex-Yougoslavie, l’eurodéputé était chargé de porter la résolution devant le Parlement européen en raison de sa connaissance supposée des enjeux sécuritaires régionaux. Mais son intervention n’a pas suffi à infléchir la position des autorités nigériennes, qui maintiennent leur ligne de souveraineté affirmée.
Ce nouvel épisode diplomatique s’inscrit dans un contexte régional marqué par une recomposition des alliances. Depuis la création de la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), regroupant le Niger, le Mali et le Burkina Faso, les trois pays revendiquent une politique étrangère plus indépendante et une remise en cause de certaines formes de coopération jugées déséquilibrées avec leurs partenaires occidentaux.
Sur le terrain politique et social, cette position est largement relayée par des mouvements de soutien aux autorités de transition, qui dénoncent régulièrement les pressions extérieures et appellent à une refondation des relations internationales sur la base du respect mutuel et de la non-ingérence. Des manifestations ont d’ailleurs été observées dans plusieurs capitales de la sous-région, illustrant un climat de mobilisation autour des enjeux de souveraineté.
Pour l’Union européenne, cette résolution s’inscrit dans la continuité de sa politique de promotion des droits humains et de la gouvernance démocratique. Toutefois, son impact semble limité dans un contexte où les équilibres géopolitiques évoluent rapidement au Sahel, avec une volonté affirmée des États concernés de redéfinir leurs partenariats stratégiques.
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En définitive, cet épisode met en lumière les difficultés croissantes du dialogue entre Bruxelles et les autorités sahéliennes. L’échec diplomatique relatif de la mission portée par Christophe Gomart illustre les tensions persistantes entre une vision européenne fondée sur les normes démocratiques et une approche sahélienne axée sur la souveraineté et la refondation des États.
Afriksoir
https://www.afriksoir.net/niger-lallemagne-ferme-ses-services-consulaires-et-relocalise-son-personnel-diplomatique/
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