Le noir des drames de l’héroïne, des cauchemars en série du narrateur, se zèbre d’éclairs, de lumières, de promesses de révélations manquantes, aveuglantes. Diluant l’horreur, une tendresse angélique affleure par instants, quand un humour gris travaille le tragique, le fait dérailler dans une réalité qui tremble, en proie aux souvenirs traumatiques.
Dans ce flou incolore où des couleurs éclatent – c’est l’esthétique des rêves qui commande le roman –, une enquête s’ouvre autour d’un meurtre qui cristallise l’essentiel, le démultiplie, en forme d’écho aux investigations que mène le narrateur guidé par le docteur Klamm, soignant de haut vol. Fondu d’oiseaux et d’agates, libre et burlesque, cet analyste incarne l’envol et, tout ensemble, l’ancrage, une ligne d’équilibre où minaude le désir et s’ausculte la vie par une hygiène jubilatoire, contraire à la normalité que traque le narrateur, en vain et en marge.
De crise en crise, de comble en comble – tout se répète et se répond dans l’intrigue, concentrique –, le fin mot de l’histoire ne sera pas donné comme on l’attendrait – peut-être parce qu’il gît dans les mots eux-mêmes, à leur insu, dans les kilomètres de sens qu’ils déroulent dans le vide comme le narrateur sur son vélo d’appartement, jusqu’à la lune, dans les fictions qu’ils suggèrent, aspirantes.
Par Galien Sarde
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