Une Colombienne expulsée des États-Unis vers le Congo dénonce des pressions pour retourner dans son pays malgré les risques

Une ressortissante colombienne, expulsée des États-Unis vers la République démocratique du Congo (RDC) en vertu d’un nouvel accord conclu avec l’administration Trump, a déclaré subir des pressions pour retourner en Colombie en dépit des dangers qui l’y attendent.

Cette femme de 29 ans, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles de la part des autorités congolaises et colombiennes, fait partie d’un premier groupe de 15 migrants originaires d’Amérique du Sud transférés par avion vers ce pays d’Afrique centrale la semaine dernière.

L’administration américaine a conclu plusieurs accords d’expulsion vers des pays tiers avec des nations africaines afin de durcir la politique migratoire du président Donald Trump. Le Congo figure parmi les pays les plus instables au monde, comptant plus de sept millions de déplacés internes en raison des conflits et plus d’un million de réfugiés à l’extérieur de ses frontières.

La jeune femme, ainsi que deux autres membres du groupe originaires de Colombie, du Pérou et d’Equateur, ont confié à Reuters que, depuis leur arrivée, aucune option crédible ne leur avait été proposée en dehors d’un rapatriement vers leur pays d’origine.

« Nous nous sentons poussés à accepter de rentrer chez nous, quels que soient les risques », a-t-elle déclaré.

LES EXPULSÉS AFFIRMENT QUE DES JUGES AMÉRICAINS LEUR AVAIENT ACCORDÉ UNE PROTECTION JURIDIQUE

Elle avait fui la Colombie en janvier 2024 après avoir été enlevée et torturée par le groupe rebelle des FARC, et avoir subi de graves sévices de la part de son ex-mari, un officier de police, selon sa demande d’asile aux États-Unis consultée par Reuters.

Un juge de l’immigration américain a statué en mai 2025 qu’il était plus probable qu’improbable qu’elle soit à nouveau torturée si elle était contrainte de retourner dans son pays, d’après les documents judiciaires américains examinés par Reuters.

Les deux autres migrants ont affirmé avoir également bénéficié d’une protection juridique de la part de juges américains, des témoignages que Reuters n’a pas pu confirmer de manière indépendante.

Interrogé sur ces témoignages et sur l’accord avec le Congo, dont les termes n’ont pas été rendus publics, un porte-parole du Département d’Etat a déclaré que la mise en oeuvre des politiques migratoires de l’administration Trump constituait une priorité absolue.

« Nous restons inébranlables dans notre engagement à mettre fin à l’immigration illégale et de masse, et à renforcer la sécurité des frontières de l’Amérique », a déclaré le porte-parole, ajoutant que le département ne communiquait pas sur les détails de ses échanges diplomatiques avec d’autres gouvernements.

Le gouvernement congolais a précisé que l’accord avec Washington était « strictement transitoire, temporaire et limité dans le temps ». Ni ce dernier, ni le ministère colombien des Affaires étrangères n’ont répondu immédiatement aux demandes de commentaires.

Alma David, une avocate basée aux États-Unis représentant l’un des migrants au Congo, a déclaré que ce processus mettait les expulsés en danger malgré les protections préalablement accordées aux États-Unis, ajoutant que plusieurs d’entre eux avaient été expulsés sans leur passeport.

« L’objectif est clair : placer les gens dans un endroit si inconnu qu’ils finissent par abandonner et acceptent de rentrer chez eux, malgré le risque immense qu’ils y courent », a-t-elle affirmé.

LES DÉTAILS DE L’ACCORD D’EXPULSION USA-CONGO RESTENT CONFIDENTIELS

Les responsables américains et congolais n’ont pas précisé combien de migrants seraient envoyés au Congo, ni les contreparties obtenues par Kinshasa dans le cadre de cet accord, négocié alors que Washington cherchait à mettre en oeuvre un accord de paix régional et à sécuriser l’accès à des minerais critiques.

Un journaliste de Reuters tentant de rencontrer les migrants à l’intérieur de l’hôtel de Kinshasa où ils sont hébergés a été éconduit, et les migrants ont l’interdiction de quitter les lieux.

L’Organisation internationale pour les migrations (OIM) des Nations Unies propose une aide au rapatriement. Un porte-parole a précisé qu’elle ne le faisait que si la personne en faisait le choix explicite.

Deux des trois expulsés interrogés par Reuters ont déclaré que le personnel de l’OIM et les responsables congolais leur avaient signifié qu’ils risquaient de perdre leur logement et leur assistance après sept jours s’ils refusaient le rapatriement. L’une d’entre elles a affirmé que le personnel de l’OIM lui avait recommandé de ne pas demander l’asile au Congo en raison de la dangerosité du pays. Un autre a déclaré que les autorités congolaises n’avaient jamais mentionné l’asile local comme une option possible.

L’OIM a démenti décourager les demandes d’asile et a affirmé ne pas l’avoir fait avec ces nouveaux arrivants, soulignant qu’elle avait recours à des traducteurs et qu’elle faisait remonter les préoccupations aux autorités compétentes.

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