La folle journée de Léon XIV en Guinée équatoriale

Trois avions, quatre voitures, trois allocutions, une messe, cinq visites, une pluie diluvienne et une rencontre avec des milliers de personnes dans un stade. Léon XIV a vécu ce 22 avril une journée équato-guinéenne au timing chronométré – voire millimétré – et effréné. 

« Malabo-Mongomo-Bata-Malabo ». La fiche de vol de Léon XIV laissait songeur ce mercredi 22 avril. Une succession d’aéroports, de tarmacs et d’avions attendaient le pontife, entre deux discours depuis la Guinée continentale. L’évêque de Rome a, pourrait-on dire, « sillonné » le pays, tout du moins depuis son espace aérien. 

La journée a commencé par une heure de vol : quittant l’île présidentielle pour le continent, le Pape a rejoint la ville de Mongomo, à l’extrême-est du pays, franchissant 322 km au-dessus des nuages. Il a ensuite avalé en voiture une quarantaine de kilomètres sur une autoroute déserte au milieu d’une végétation luxuriante au vert intense, pour se retrouver, avec une once d’ironie de l’histoire, un peu « comme à la maison » : devant une basilique conçue comme une miniature de Saint-Pierre de Rome. 

ALBERTO PIZZOLI | AFP

Plus grand édifice religieux d’Afrique centrale et seconde plus grande basilique du continent, l’Immaculée Conception surprend par son dôme inspiré de celui de la basilique vaticane et par ses proportions monumentales. Quelque 100.000 personnes ont accueilli sa papamobile en grandes pompes, avec feux de bengale géants au-dessus des portiques, festival de ballons de baudruches multicolores, et surtout, ovations euphoriques, y compris pendant la procession d’entrée solennelle.  

Dans cette petite cité pétrolière de seulement 7.000 âmes, ville de naissance du président Teodoro Obiang Nguema qui dirige le pays d’une main de fer depuis 1979, le Pape a lancé ses premiers messages de la journée, en faveur de la dignité humaine et de l’égalité sociale. Il y a aussi plaidé pour un meilleur traitement des détenus, en allusion discrète à la visite qu’il allait réaliser plus tard dans une prison de Bata. 

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ALBERTO PIZZOLI | AFP

Car après avoir taillé le ruban d’inauguration d’un institut d’enseignement technologique dédié à son prédécesseur François, et avoir déjeuné à l’archevêché de Mongomo, le 267e pape a repris l’avion en direction de la ville côtière de Bata, cette fois-ci à l’extrême ouest de Guinée continentale. À nouveau 140 kilomètres et 40 minutes de vol. Une nouvelle voiture l’a conduit à 16 kilomètres – avec une halte à la cathédrale pour un temps de prière – jusqu’à la prison. 

Pas de répit pour le Pape qui a ensuite enchaîné une brève commémoration sur le lieu de l’explosion meurtrière du 7 mars 2021, où un dépôt d’armes du quartier de Nkoantoma est parti en déflagration. L’incident a provoqué une centaine de morts et plusieurs centaines de blessés. 

Une entrée sous le déluge saluée comme un triomphe

Le pontife a ensuite retrouvé rien de moins que “deux” papamobiles pour entrer dans le stade survolté de Bata. Alors qu’une pluie diluvienne s’est abattue juste avant son arrivée, forçant tout le public à battre en retraite dans les tribunes couvertes – hormis les irréductibles restés à chanter et danser sous la pluie –, Léon XIV a d’abord fait son arrivée sur la piste en voiture blanche fermée. Les hurlements d’euphorie ont redoublé lorsqu’il l’a troquée finalement pour sa papamobile semi-ouverte, déclenchant une effervescence sans bornes dans le stade qui tremblait d’exaltation. C’était à qui courait dans les flaques pour suivre le trajet du véhicule, entrechoquant les parapluies. 

Lors de la veillée qui a suivi avec des danses tribales déchaînées, le successeur de Pierre s’est adressé aux familles et aux jeunes du pays, les appelant à « construire un monde meilleur, fondé sur le respect de la vie qui naît et qui grandit, et sur le sens des responsabilités envers les plus petits ». Contre « les préjugés et les stéréotypes [qui] tentent d’en minimiser la valeur », il a exhorté à « préserver la famille », affirmant à son public galvanisé par son ton vibrant qu’ « une famille qui sait accueillir et aimer est lumière, elle est chaleur ».

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ALBERTO PIZZOLI | AFP

Durant cette journée de marathon, le Pape a aussi touché une réalité internationale au-delà des frontières équato-guinéennes : en se rendant à Mongomo, il atteignait presque le Gabon, le voisin situé à quelques kilomètres. Quelque 800 Gabonais se sont d’ailleurs mobilisés pour participer à la célébration papale, fiers d’être au premier rang sur le parvis. « La Guinée équatoriale et le Gabon, c’est comme des frères ! », affirmait Marie-Laure. 

Au terme de ce programme sans interruption, il restait encore au Pape 240 km – 50 minutes de vol – afin de rentrer à Malabo où il séjourne, pour la dernière nuit de son long périple africain. Une telle course n’est pas inédite cependant : outre le pape Jean Paul II qui dans les premiers temps de son pontificat assumait des rythmes de voyages athlétiques, le pape François avait lui aussi pris trois avions en une journée en 2019, lors de son déplacement au Japon, pour faire « Tokyo-Nagasaki-Hiroshima-Tokyo ». Rien n’est démesuré pour les papes, quand il s’agit d’annoncer la Bonne Nouvelle.