Guerre au Moyen-Orient : « 3 468 personnes ont été tuées, dont 383 enfants », Mojtaba Faghihi, ambassadeur de la République d’Iran au Burkina
L’ambassadeur de la République islamique d’Iran au Burkina Faso, Mojtaba Faghihi, a animé une conférence de presse ce jeudi 30 avril 2026 à Ouagadougou. Le diplomate iranien a longuement abordé la situation sécuritaire et politique de son pays, les relations bilatérales entre l’Iran et le Burkina Faso, ainsi que le soutien de Téhéran aux pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Face aux journalistes, Mojtaba Faghihi a dénoncé ce qu’il qualifie de « guerre d’agression » menée par les États-Unis et Israël contre son pays, tout en saluant les orientations politiques des autorités burkinabè.
Structurant son intervention autour de trois axes majeurs, l’ambassadeur de la République islamique d’Iran au Burkina Faso, Mojtaba Faghihi, a d’abord évoqué la situation née des attaques qu’il attribue aux États-Unis et à Israël contre l’Iran. Selon lui, les événements ont débuté le 28 février 2026, alors que des négociations étaient en cours entre Téhéran et Washington en vue d’un règlement pacifique de leurs différends. Il affirme que des frappes aériennes ont visé le gouvernement iranien ainsi que plusieurs infrastructures civiles, économiques et sociales. Le diplomate a notamment évoqué l’assassinat du Guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, ainsi que de plusieurs membres de sa famille et de hauts responsables militaires iraniens.
L’ambassadeur iranien a également dénoncé le bombardement de l’école de filles Shajarch Tayyibé, dans la ville portuaire de Minab, au sud de l’Iran. Selon ses déclarations, deux missiles de croisière auraient frappé l’établissement, causant la mort de 168 écolières et de leurs enseignantes.
« Un article intitulé « Minab 168 » a été rédigé en hommage aux victimes », Mojtaba Faghihi, ambassadeur de la République islamique d’Iran au Burkina Faso
Pour lui, ces attaques constituent une violation flagrante de l’article 2 de la Charte des nations unies, ainsi que des principes fondamentaux du droit international. Mojtaba Faghihi a accusé le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et les autorités américaines d’être responsables de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.
« Les gouvernements américain et israélien, en violation des règles impératives du droit international humanitaire, utilisent le meurtre de civils et la destruction d’infrastructures civiles et industrielles, telles que des écoles, des universités et des bâtiments industriels, comme tactique de guerre. Ces actions, au regard des quatre conventions de Genève, constituent des crimes contre l’humanité qui doivent être poursuivis par la Cour pénale internationale (CPI). Dans cette guerre, le principe de proportionnalité visant à prévenir les dommages collatéraux inutiles et disproportionnés, et le principe de précaution consistant à prendre les mesures nécessaires pour protéger les civils, ont été délibérément et systématiquement violés », a indiqué le diplomate iranien.
Bilan des attaques en Iran
Au cours de son exposé, Mojtaba Faghihi a avancé plusieurs chiffres qu’il présente comme le bilan des attaques. Il a évoqué 3 468 personnes tuées, dont 383 enfants, ainsi que plus de 30 000 blessés parmi lesquels figureraient 5 200 femmes et enfants. Selon lui, 26 agents du personnel médical ont perdu la vie et plus de 120 autres ont été blessés. Il a aussi fait état de destructions massives d’infrastructures civiles. Il annonce ainsi plus de 138 000 unités civiles détruites, dont 113 000 logements, plus de 340 hôpitaux, cliniques, centres d’urgence et bases du Croissant-Rouge, ainsi que 1 025 établissements scolaires et 30 universités.
L’ambassadeur iranien a par ailleurs cité la destruction d’avions civils transportant des médicaments dans le cadre de missions humanitaires, de l’usine pharmaceutique « Tawfiq Darou », spécialisée dans la production de matières premières pour le traitement du cancer et de la sclérose en plaques, ainsi que celle de l’Institut Pasteur d’Iran, qu’il a présenté comme une institution centenaire dans le domaine de la production de vaccins.
Mojtaba Faghihi se désole de la destruction du plus grand pont suspendu du Moyen-Orient, situé sur l’axe reliant Téhéran à la mer Caspienne, et de la plus grande usine sidérurgique et pétrochimique

La démocratie par la force
Dans un ton particulièrement critique envers Washington et Tel-Aviv, Mojtaba Faghihi a dénoncé ce qu’il considère comme une politique d’exportation de la démocratie par la force. Citant les exemples de la Libye, de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Palestine, il a estimé que chaque nation devait bâtir son système de gouvernance en s’appuyant sur ses propres traditions et réalités nationales, plutôt que sur des modèles imposés de l’extérieur.
Coopération Iran-Burkina Faso
Abordant ensuite les relations entre l’Iran et le Burkina Faso, le diplomate a affirmé qu’elles traversent actuellement « leur meilleure période de l’histoire ». Selon lui, les autorités iraniennes suivent avec « respect et admiration » les politiques conduites par le président du Faso, Ibrahim Traoré, notamment en matière d’indépendance, de souveraineté et de développement national. Il a assuré que le gouvernement iranien soutient les programmes engagés par les autorités burkinabè en faveur du renforcement de l’autonomie du pays.
Mojtaba Faghihi a tenu à rassurer sur la stabilité institutionnelle de son pays malgré le contexte de guerre qu’il décrit. Il a affirmé que le système politique iranien demeure fonctionnel et solidement organisé, précisant que tous les engagements pris avec les pays partenaires, y compris le Burkina Faso, restent pleinement valables. Le diplomate a indiqué avoir récemment effectué une visite en Iran durant laquelle il a échangé avec plusieurs hauts responsables sur l’importance du partenariat avec le Burkina Faso. Selon lui, ces derniers l’ont encouragé à œuvrer davantage au renforcement des relations bilatérales.
Des images affichées à l’intérieur de l’ambassade de la République islamique d’Iran au Burkina Faso pour rendre hommage aux victimes de la guerre
De retour à Ouagadougou, l’ambassadeur dit reprendre ses fonctions avec « énergie et motivation ». Il a annoncé la volonté des deux parties d’organiser cette année la deuxième session de la Commission mixte Iran-Burkina Faso afin de consolider davantage la coopération entre les deux États.
Dans la dernière partie de son intervention, Mojtaba Faghihi a exprimé le soutien de la République islamique d’Iran aux pays de l’AES, regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Il a salué les initiatives de convergence politique, économique et sécuritaire engagées par cette confédération et estimé que les dirigeants des trois pays se trouvent à « un moment opportun » pour achever le processus d’indépendance de leurs nations.
L’ambassadeur iranien a particulièrement mis en avant les « idées révolutionnaires et indépendantistes » du président Ibrahim Traoré, affirmant qu’elles suscitent un intérêt au-delà des frontières africaines. S’adressant aux populations ouest-africaines, il les a invitées à croire en leurs propres capacités et à construire des modèles de gouvernance adaptés à leurs réalités culturelles et historiques, sans dépendre exclusivement des modèles occidentaux.
Hamed Nanéma
Lefaso.net
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