Uranium du Niger : pourquoi le conflit avec Orano dépasse le cadre minier – La Nouvelle Tribune

Le bras de fer entre les autorités nigériennes et le groupe français Orano autour de l’exploitation de l’uranium prend une dimension qui dépasse largement les seuls enjeux industriels. Derrière les tensions autour de la Société des mines de l’Aïr (Somaïr), c’est une confrontation à la fois économique, politique, juridique et géopolitique qui continue de se renforcer entre Niamey et l’un de ses partenaires historiques dans le secteur stratégique de l’uranium.

Lors d’un entretien accordé lundi 4 mai 2026 à la Radiotélévision du Niger (RTN), le ministre nigérien des Mines, Abarchi Ousmane, a accusé Orano d’avoir tenté en 2024 d’obtenir l’arrêt de la production à la Somaïr afin de démontrer que l’exploitation ne pouvait se poursuivre sans l’appui du groupe français. « Nous leur avons démontré que même sans eux, on peut faire », a martelé l’officiel nigérien qui a également fustigé un « harcèlement juridique » contre le Niger.

Une bataille autour de la souveraineté économique

Au-delà de l’accusation elle-même, le message porté par les autorités nigériennes apparaît clair : le Niger veut démontrer qu’il peut assurer la continuité de l’exploitation de son uranium grâce à ses propres compétences nationales. En affirmant que la production aurait été maintenue par des agents nigériens, le pouvoir cherche à faire de la Somaïr un symbole de souveraineté économique et technique.

Cette posture s’inscrit dans un contexte plus large de tensions persistantes entre le Niger et la France depuis les événements du 26 juillet 2023. Le départ des forces françaises, les crispations diplomatiques et la montée du discours souverainiste au Sahel ont profondément modifié les relations entre les deux pays. Dans ce climat, l’uranium dépasse désormais le simple statut de ressource minière pour devenir un marqueur stratégique et politique.

Le dossier met également en lumière les limites et les défis d’une telle ambition. Produire de l’uranium ne suffit pas ; encore faut-il pouvoir l’exporter, trouver des acheteurs et sécuriser les circuits commerciaux internationaux. Le ministre nigérien a lui-même évoqué l’existence de stocks importants d’uranium non commercialisés, certaines entreprises restant prudentes en raison des procédures judiciaires en cours entre le Niger et Orano.

Une confrontation qui s’étend au terrain juridique

Le différend entre les deux parties ne se joue plus uniquement autour des sites miniers d’Arlit. Les tensions se sont progressivement déplacées vers le terrain judiciaire, avec plusieurs contentieux liés notamment au retrait du permis d’Imouraren, à la nationalisation de la Somaïr ou encore aux accords de partenariat conclus dans le secteur minier.

Ces procédures engagées devant des juridictions nationales et internationales illustrent la complexité croissante du dossier. Elles montrent également que même après une rupture politique, les relations entre un État et un grand groupe international restent encadrées par des engagements contractuels et des mécanismes d’arbitrage souvent longs et sensibles.

Le ton adopté par les autorités nigériennes traduit par ailleurs un durcissement du discours officiel autour de ce dossier. Certaines accusations formulées contre Orano, notamment concernant de supposées ingérences dans les affaires politiques nigériennes, n’ont pas été étayées publiquement par des preuves accessibles. Elles participent néanmoins à une stratégie de communication politique visant à renforcer le discours souverainiste et à consolider le soutien autour des autorités actuelles.

Derrière l’affaire Orano, les autorités nigériennes veulent montrer qu’elles comptent désormais peser davantage dans la gestion de leurs ressources minières. À travers ce bras de fer avec Orano, le Niger cherche à redéfinir ses rapports avec les grands groupes étrangers et à affirmer une nouvelle approche de gestion. Reste désormais à savoir si cette volonté politique pourra durablement s’accompagner des capacités techniques, financières et commerciales nécessaires pour maintenir le secteur sous contrôle national.

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