Kidal tombée presque sans coup férir aux mains du Front de libération de l’Azawad (FLA), bras armé du mouvement indépendantiste touareg, et de son allié de circonstance, le GSIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans), filiale locale d’Al Qaida … Gao et Tombouctou dans leur ligne de mire… Bamako, avec ses quatre millions d’habitants menacés de blocus, à l’instar d’un second détroit d’Ormuz par où ne transite malheureusement pas un cinquième du pétrole mondial…
Serions-nous, sous l’effet de je ne sais quelle fantasmagorie, revenus en 2013, lorsque le chef d’État démocratiquement élu du Mali, Ibrahim Boubacar Keita, « IBK », confronté à une situation analogue, avait appelé au secours la République française et que la France, alors présidée par François Hollande, et très concrètement l’armée française, s’était aussitôt portée à son secours, mettant en déroute la coalition islamo-targuie, et préservant à la fois le régime et l’intégrité territoriale du Mali ?
Mais non, bien sûr. Nous ne sommes pas prisonniers d’un caprice du temps qui, comme dans le scénario du film Un jour sans fin, nous ferait revivre indéfiniment, avec les mêmes acteurs, à travers les mêmes péripéties, le même scénario et la même fin heureuse. L’histoire nous donne fréquemment l’impression de bégayer. Elle ne se reproduit jamais à l’identique et l’actualité sanglante que vit à nouveau le Mali nous en donne une nouvelle preuve.
Le risque de la contagion
Car ce ne sont pas seulement le Mali et sa fragile démocratie qui, en 2026 comme en 2013, seraient menacés de subversion et de démembrement. Les juntes militaires qui, ces dernières années, ont usurpé le pouvoir à Bamako, à Niamey et à Ouagadougou, ont prétendu substituer à des institutions démocratiques affaiblies, impuissantes et corrompues des régimes forts, capables de faire face à tous les défis. Ces régimes, issus de coups d’État perpétrés par des quarterons d’officiers, comme aurait dit De Gaulle, parfois subalternes à tous points de vue, ne sont pas seulement illégitimes dans leur principe et leur fonctionnement, mais aussi viciés et aussi fragilisés que ceux qu’ils ont remplacés. Si le Mali venait à tomber aux mains de la rébellion, il n’est pas absurde d’imaginer que la contagion gagne sans tarder le Niger, puis le Burkina Faso et entraîne, avec la chute des généraux fantoches et des capitaines abusivement étoilés qui siègent provisoirement sur des trônes en carton-pâte, la mise en place progressive, au cœur de l’Afrique francophone, pour le malheur de millions d’êtres humains, d’un califat de même nature et de même nocivité que celui que Daech avait institué entre la Syrie et l’Irak et qu’il a été si difficile et si coûteux, à tout point de vue, d’éradiquer au Moyen-Orient.
Si l’ambition et l’objectif du FLA targui se bornent à fonder dans les sables du désert un État qui mettrait un peuple en possession de sa terre promise puisque natale, il n’en est pas de même du GISM qui, fort des succès remportés ces dernières semaines vient d’afficher sa volonté de faire régner la charia sur le Mali dès que cet immense pays sera tombé sous sa coupe. Absurde. L’occasion n’a qu’une mèche, une mèche de cheveux, écrivait Giraudoux. Jamais le moment n’a été aussi favorable à la réalisation du rêve cauchemardesque des islamistes africains. Alors que ceux-ci croient voir se dessiner dans un horizon proche leur victoire, le monde a les yeux ailleurs.
La France ? Elle a déjà donné
Qui, à l’heure actuelle, quelle puissance, quel État aurait en même temps la capacité et la volonté de venir, comme en 2013, sauver du désastre le fragile État malien ?
Pour prix de son assistance, coûteuse, efficace et désintéressée, du seul fait que ses troupes libératrices, occupant le terrain, ont été accusées de néocolonialisme et proprement mises à la porte à grands coups de pied dans le…train, non seulement du Mali, mais du Niger, du Burkina, du Tchad, etc. On ne l’y reprendra pas, et d’autant moins que, sous l’impulsion d’un président proche de sa fin (politique) tous nos moyens, militaires et financiers sont mobilisés pour nous préparer à la guerre qui, à en croire les augures menteurs, doit nous opposer dans les années qui viennent, à la Russie de Vladimir Poutine.
La Russie ? Monopolisée et mise en échec par sa guerre fratricide, voire suicidaire, avec l’Ukraine, elle enchaîne camouflet sur camouflet, directs ou non, en Syrie, au Venezuela, en Iran, à Cuba. Le volume, les moyens et surtout le comportement de la troupe mercenaire connue sous l’étrange appellation d’Africa Corps, donnent à penser aussi bien sur sa valeur militaire que sur la fiabilité de l’appui proclamé du Kremlin à ses protégés maliens.
Les États-Unis ? Encore faudrait-il que Donald Trump ait réglé le léger différend qui l’oppose actuellement au régime des mollahs, qu’il localise sur un planisphère le Mali et ses voisins, et surtout qu’il trouve un intérêt pécuniaire, personnel et géopolitique à une intervention dans ce guêpier qui a tout du bourbier.
Face au risque très réel d’effondrement auquel elle est confrontée, la junte malienne, qui en porte largement la responsabilité, est décidément bien seule.
Mourir pour Dantzig ? Hors de question, écrivait Marcel Déat dans un article retentissant écrit à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Mourir pour Bamako ? Nul n’y songe, loin de Bamako. Mourir à Bamako ? C’est une question d’actualité. À Bamako.
Crédit: Lien source