Après près de deux années d’isolement et de violences, l’île de Tuti, située au cœur de Khartoum au Soudan, amorce un retour progressif à la normale. Entre juin 2023 et mars 2025, ce territoire insulaire a été durement touché par les affrontements entre l’armée soudanaise et les forces paramilitaires dirigées par le général Mohamed Hamdane Daglo. Transformée en zone stratégique et fortement contrôlée, l’île a été coupée du reste de la capitale, plongeant environ 30 000 habitants dans une situation humanitaire et économique extrêmement difficile.
Durant cette période, les déplacements étaient limités, les activités économiques presque à l’arrêt et de nombreuses familles ont été contraintes de quitter leurs foyers. Ceux qui sont restés décrivent une vie marquée par la peur, la pénurie et l’incertitude, dans ce qu’ils qualifient aujourd’hui de « période de survie ».
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Avec la reprise progressive de Khartoum par les forces régulières, les habitants de Tuti ont commencé à regagner leur île. Ce retour s’accompagne d’un lent redémarrage de la vie quotidienne. Les commerces rouvrent progressivement leurs portes, les marchés locaux reprennent timidement et les échanges économiques se relancent, bien que de manière encore fragile.
Pour beaucoup de résidents, le retour est chargé d’émotion mais aussi de souvenirs douloureux. Nosayba Saad, revenue sur l’île après de longs mois d’exil, témoigne : « Dieu merci, nous sommes de retour chez nous après tant d’épuisement et de souffrances. Nous avons souffert des loyers, de la hausse des prix et de bien d’autres choses, mais nous sommes en sécurité, auprès de notre famille. »
D’autres habitants ont choisi de rester sur place malgré les difficultés. C’est le cas d’Al-Shubbak, qui affirme ne jamais avoir envisagé de quitter son foyer : « Je ne suis pas partie, c’est mon pays, mon village. Ma famille non plus. » Elle évoque également la résilience de la population, qui s’inscrit selon elle dans une longue tradition de résistance face aux épreuves.
Au centre de l’île, l’ancienne mosquée en briques rouges est redevenue un point de rassemblement symbolique pour les habitants. Elle incarne à la fois la mémoire collective et l’espoir d’un avenir apaisé. Salaheldin Abdelqader, un résident, confie son émotion : « C’est un sentiment indescriptible. Nous n’arrivons pas à croire que nous avons surmonté tout cela. »
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Dans les zones agricoles, les habitants reprennent progressivement leurs activités. Les terres fertiles de Tuti, longtemps abandonnées, commencent à être de nouveau cultivées. Malgré les traces encore visibles du conflit, l’île s’engage dans une phase de reconstruction, portée par la détermination de ses habitants à reconstruire leur quotidien et à tourner la page d’une période particulièrement éprouvante.
Afriksoir
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