Ghana, au cœur du traitement des déchets électroniques : « Ces personnes semblent vivre dans une décharge mais pour eux, c’est un marché »

La récolte des nombreux ‘ferrailleurs’ qui écument les rues de la capitale ghanéenne et les quais du port, en quête de déchets électroniques, est pesée à l’aide d’une balance. Le résultat affiché par celle-ci déterminera leur rémunération. C’est le cuivre de haute qualité qui rapporte le plus : deux euros le kilo en moyenne.

Un trésor de cuivre

À l’intérieur de l’entrepôt, des milliers de câbles s’entremêlent. « Pour pouvoir réutiliser les matières premières, nous devons retirer le plastique présent sur ces câbles, ce qui prend beaucoup de temps« , explique Samuel Bennett Akuffo, conseiller technique sur les déchets électroniques et chef de projet chez Green Ad. Pour la collecte et le traitement de ces plastiques, l’ONG peut compter sur un programme, financé par l’entreprise allemande GIZ.

Green Ad a vu le jour en 2009, suite à l’alerte lancée par l’association Greenpeace sur la pollution sanitaire et environnementale liée à la gestion des déchets électroniques au Ghana. Avant qu’une nouvelle étude scientifique enfonce le clou en 2012, en mettant en évidence l’importante contamination aux métaux lourds des légumes cultivés dans les environs.

Alors que les médias internationaux s’emparent de la thématique, l’attention se concentre sur le site d’Agbogbloshie, une banlieue d’Accra. Là-bas, des colonnes de fumée s’échappent quotidiennement de l’immense décharge à ciel ouvert où des travailleurs brûlent des composants électroniques. En 2021, le gouvernement ghanéen fermera le site sans préavis.

Un business indispensable

Cinq ans plus tard, cet épisode brutal reste dans la mémoire des ferrailleurs locaux, qui continuent ce business indispensable à leur survie quelques centaines de mètres plus loin, de l’autre côté du Lagon de Korle. Cette étendue d’eau autrefois paradisiaque est aujourd’hui envahie par les déchets plastiques. « Ces personnes semblent vivre dans une décharge. Mais pour eux, c’est un marché« , résume Stefan de Linde, fondateur de Minimise, une entreprise qui cherche à renforcer les pratiques formelles de recyclage par le monde.

Cet environnement pollué constitue le lieu de travail de Yacoubou Adam depuis vingt-cinq ans. Maillot de foot du Borussia Dortmund sur les épaules, il pose fièrement au milieu de son échoppe. Le cinquantenaire vend le matériel récupéré par ses contacts sur le terrain : chaîne hi-fi, câbles HDMI, pinces rouillées, moteurs de ventilateurs, spots lumineux… Plus loin, Fusseini répare des ordinateurs et des télévisions dans son antre, à l’abri de la chaleur humide qui règne sur la côte ghanéenne. « Cela me prend entre trente minutes et une heure par appareil« , explique-t-il tout en connectant deux fils d’une tour informatique. En face, abrités sous un parasol de fortune, deux hommes tapent au marteau sur des cartes électroniques, afin d’en extraire le précieux cuivre.

Pas toujours le choix

« Le secteur de la ferraille repose sur des transactions en liquide, qui peuvent s’avérer impressionnantes, atteignant parfois 500 000 dollars« , rapporte Samuel Abankwa-Duodu, cofondateur de la Fondation des entrepreneurs et innovateurs de l’économie circulaire (CEIEF), qui collabore étroitement avec Minimise. Pour autant, celles et ceux qui travaillent ici n’ont pas de salaire fixe, et gagnent leur vie sur base de leurs marges, en fonction du cours des matières premières.

Au cœur de ce grand marché d’appareils électroniques, tout le monde connaît Samuel. Avec son organisation, il cherche à encadrer le démantèlement des pièces détachées, pour en réduire l’impact sanitaire et environnemental. Lorsqu’ils brûlent les composants pour récupérer les métaux qu’ils contiennent, ces « recycleurs » respirent en effet des fumées toxiques. En parallèle, des substances nocives s’introduisent dans les sols et l’eau, contaminant l’ensemble de l’écosystème.

Si les Ghanéens en ont conscience, ils n’ont parfois pas le choix de sacrifier leur santé. « Pour eux, cette activité représente une source de revenus indispensable, parfois le seul moyen de sortir de la pauvreté« , assure Michael Osei Asibey, spécialiste des déchets électroniques et de l’économie circulaire, qui enseigne à l’Université Science et Technologie de Kwame Nkrumah (KNUST).

Ces travailleurs informels sont essentiels : ils effectuent en effet 90 % du traitement des déchets électroniques, un secteur d’activité qui pèse 200 millions de dollars dans le PIB du Ghana (environ 110 milliards de dollars). En 2022, à peine un quart des 62 millions de tonnes de déchets électroniques générés dans le monde ont été officiellement recyclés. La gestion de ceux-ci incombe surtout – et souvent de façon informelle – aux continents africain et asiatique, où atterrissent entre 75 et 80 % des déchets électroniques. Pourtant, les capacités officielles de recyclage de l’Afrique (1 %) et de l’Asie (12 %) sont moindres que celles de l’Europe (40 %) et des États-Unis (30 %).

Contourner la loi

Pour tenter d’enrayer ce phénomène, des normes internationales ont vu le jour. La Convention de Bâle, en vigueur depuis 1992, vise à réguler les mouvements transfrontaliers de déchets dangereux, ainsi qu’à protéger la santé humaine et l’environnement. Au niveau européen, le règlement sur le transport de déchets interdit également l’exportation des déchets électroniques dangereux vers les pays qui n’appartiennent pas à l’Organisation pour la coopération au développement économique (OCDE).

Mais d’après Stefan de Linde, certaines entreprises contournent la loi, pour finalement exporter ceux-ci vers des pays comme le Ghana. « Les appareils qui se trouvent dans les containers sont présentés comme des produits de seconde main, alors même qu’ils dysfonctionnent. Cela coûte moins cher aux entreprises de procéder de la sorte, car les produits sont déclarés comme ‘appareils électroniques non testés et utilisés’, alors que l’exportation de déchets requiert un permis« .

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