Université de Moncton: choisir un chemin plus difficile

L’Université de Moncton éprouve des difficultés budgétaires. Comme à son habitude, elle se tourne vers sa vache à lait: ses étudiants. La hausse de 4% des droits de scolarité est accompagnée d’une vague promesse, celle d’effectuer des compressions à une date ultérieure. Il est difficile de prendre cet engagement au sérieux.

L’Université de Moncton vit des heures difficiles. Le gouvernement Holt, aux prises avec un important déficit budgétaire, n’est pas allé jusqu’à réduire son financement, mais il lui a imposé un gel, ce qui ne fait pas moins mal. Le ministre responsable, Jean-Claude D’Amours, a exigé des établissements postsecondaires qu’ils se «regardent dans le miroir» et qu’ils se serrent la ceinture.

C’était trop demandé à l’U de M (ou l’UMoncton, comme l’institution exige désormais d’être surnommée). La direction a approuvé un budget comprenant une hausse de dépenses de plus de 5 millions $. Certaines étaient prévisibles (augmentations salariales, frais d’entretien) alors que d’autres l’étaient moins (nouvelles embauches, rénovations, etc.).

L’Université prévoit aller chercher 2,4 millions $ de plus dans le portefeuille des étudiants. Peut-être dans l’espoir de dorer la pilule, elle augmentera de 947 000$ son programme de bourses. Les étudiants se retrouvent donc à financer un cadeau qui leur est fait pour justifier qu’ils paieront leurs études encore plus cher.

À la base, les établissements postsecondaires sont sous-financés par les gouvernements. Depuis quelques années, l’Université de Moncton et le Collège communautaire ont compensé en se tournant vers les étudiants internationaux, si bien que ces derniers sont désormais majoritaires dans certains programmes.

Or, le gouvernement fédéral a récemment resserré ses quotas en matière d’immigration. À l’U de M, une chute de 41% des nouvelles inscriptions d’étudiants étrangers est prévue en septembre prochain. L’impact se fait particulièrement sentir au Campus de Shippagan, où un déficit de 859 000$ est prévu en 2026-2027.

Face à un gouvernement Holt qui gèle ses subventions et un gouvernement Carney qui limite le nombre de nouveaux étudiants étrangers, l’Université de Moncton est en manque de solutions.

Dans une lettre révélée en primeur dans l’Acadie Nouvelle, le gouvernement Holt avait proposé aux recteurs de sortir des sentiers battus. Plusieurs idées avaient été lancées: réduction du nombre de campus, réforme du financement, partenariats accrus, y compris avec les municipalités, etc.

Toutes ces propositions (dont certaines, il faut le dire, étaient irréalisables) sont finalement restées lettre morte. L’U de M a fait l’économie d’une grande réflexion sur ses opérations et a plutôt décidé, comme à l’habitude, de puiser dans les poches de ses étudiants.

Le recteur Denis Prud’homme serait certainement en désaccord avec notre analyse. En entrevue à l’Acadie Nouvelle la semaine dernière, il a rappelé que trois postes de professeurs et 4,5 postes administratifs ont été supprimés à Shippagan, de même que deux autres à Edmundston (mais aucun à Moncton).

M. Prud’homme promet aussi une analyse des dépenses de l’ensemble des départements de l’institution. Permettez-nous de douter de cet engagement. Historiquement, l’Université de Moncton a rarement senti l’urgence de réduire ses dépenses. Pour boucler ses budgets, elle a compté sur le financement du gouvernement, les droits de scolarité et, plus récemment, sur la manne des étudiants internationaux.

Nous partageons l’avis de la présidente de la FÉÉCUM, Emma Raphaëlle. La direction de l’U de M a opté pour «la solution facile» en refilant la facture aux étudiants. Il est extraordinaire d’apprendre que c’est à l’initiative de la fédération étudiante que le Conseil de l’Université a adopté une motion ordonnant une analyse des dépenses.

Évidemment, nul ne souhaite voir l’Université de Moncton sacrifier l’offre et la qualité de ses cours, ce qui ne signifie certainement pas qu’il n’y a pas de gras à couper. En Nouvelle-Écosse, l’Université du Cap-Breton vient d’annoncer d’importantes compressions de personnel: une cinquantaine de postes seront affectés, sans abolir aucun programme. L’année dernière, une centaine de postes avaient été supprimés. Là aussi, la réduction du nombre d’étudiants internationaux a fait mal.

À Moncton, le recteur Prud’homme se félicite en affirmant que «nos frais de scolarité sont parmi les plus bas en Atlantique». Il est temps pour lui de faire la démonstration qu’il sait prendre des décisions autrement plus audacieuses que  d’augmenter les droits de scolarité.

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