I] L’Angola
Cet État placé au sud-ouest de l’Afrique, avec une large ouverture sur l’océan Atlantique, est une ancienne colonie portugaise depuis 1575. Après une guerre d’indépendance durant les années 60, le pays se détache du Portugal en 1975, année qui verra l’éclatement d’une guerre civile entre les diverses factions indépendantistes.
Il faudra plus de 25 ans pour apaiser le pays, dominé pendant tout ce temps par le Mouvement populaire de libération de l’Angola, à forte inspiration communiste. En fait foi le drapeau du pays, dont le symbole central, composé d’une partie de roue dentée et d’une machette, fait immédiatement penser à la faucille et au marteau qui frappait le drapeau de l’URSS.
Au point de vue religieux, plus de 40% des Angolais se déclarent catholiques, pour 35% environ de protestants. Il y a aussi plus de 10% d’irréligion et 6 à 7% se rattachent aux religions traditionnelles ou à l’animisme. Enfin, l’islam est très minoritaire, atteignant péniblement 0,5%. De fait, le gouvernement n’a accepté l’enregistrement d’aucun groupe musulman à ce jour.
Cette situation explique l’absence de rencontre œcuménique ou interreligieuse. Même si Léon XIV a expliqué, dans l’avion qui le menait de Yaoundé à Luanda, que ses voyages servaient, entre autres, la promotion du dialogue, de la fraternité, de la compréhension, de l’acceptation et de « l’édification de la paix avec les personnes de toutes confessions ».
Rencontre avec les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique
Le pape Léon XIV loue dans ce discours les « sagesses très anciennes » des peuples de l’Angola, qui nourrissent la pensée et le sentiment que la création est harmonie dans la richesse de la diversité. Il exhorte les autorités du pays, de n’avoir pas peur de la dissidence » et de ne pas étouffer les visions des jeunes et les rêves des anciens.
Un passage fait clairement allusion au pouvoir hégémonique d’une faction, en avertissant : « vous, qui avez autorité dans le pays, croyez en la diversité de sa richesse. N’ayez pas peur de la dissidence, n’étouffez pas les visions des jeunes et les rêves des anciens. Faites passer le bien commun avant celui de votre camp, sans jamais confondre votre camp avec le tout. »
Et plus loin : « L’Église catholique, dont je sais combien vous appréciez l’œuvre au service de ce pays, souhaite être le levain dans la pâte et favoriser l’émergence d’un modèle juste de coexistence, libéré des esclavages imposés par des élites aux fortunes considérables et aux joies factices. »
Le lendemain, durant l’homélie, le pape met en garde contre un certain syncrétisme : « C’est pourquoi il faut toujours veiller sur ces formes de religiosité traditionnelle qui appartiennent certes aux racines de votre culture, mais en même temps risquent de confondre et de mélanger des éléments magiques et superstitieux qui n’aident pas dans le chemin spirituel. »
Au terme de la prière du Rosaire, récité au sanctuaire Mamã Muxima, Léon XIV fait une comparaison. Partant du projet de construction d’un nouveau sanctuaire, il lance aux jeunes : « À vous aussi la Mère du Ciel confie un grand projet : celui de construire un monde meilleur, accueillant, où il n’y ait plus ni guerres, ni injustices, ni misère, ni malhonnêteté, et où les principes de l’Évangile inspirent et façonnent toujours davantage les cœurs, les structures et les programmes, pour le bien de tous. »
Un projet qui apparaît frappé du coin de l’utopie…
Au cours de l’homélie du lendemain (20 avril), le pape avertit de ne pas suivre le Christ pour de mauvaises raisons : par intérêt ou pour se l’approprier. Il a enfin encouragé les fidèles à suivre le Christ qui « marche toujours à notre rythme », et qui « donne orientation et force à un cheminement que nous voulons apprendre à vivre toujours davantage comme il doit l’être, c’est-à-dire synodal ».
Rencontre avec les évêques, prêtres, consacrés, catéchistes et autres agents pastoraux
Après des encouragements, le pape Léon XIV encourage à la formation permanente, et notamment à sa « dimension contemplative ». Il décrit ensuite cette formation : « une bonne formation initiale (…), l’adhésion aux programmes des diocèses, congrégations et instituts (…), une étude personnelle sérieuse » pour éclairer les fidèles « en les sauvant surtout de la dangereuse illusion de la superstition ». Un rappel insistant qui révèle la situation des catholiques angolais.
Le Pape va ensuite insister sur l’importance de la famille : famille sacerdotale ou religieuse, mais aussi l’institution familiale, lieu de sanctification de tous ses membres ». Il souligne que « pour beaucoup d’entre vous, certainement, le berceau de la vocation a précisément été la famille qui a apprécié et pris soin de la semence de l’appel spécial reçu ».
Il termine par une vision sociale qui déforme la mission catholique : « n’oubliez pas que, selon les paroles de saint Paul VI, “le développement est le nouveau nom de la paix” (Populorum progressio, n. 87). Il est donc essentiel qu’en interprétant la réalité avec sagesse, vous ne cessiez de dénoncer les injustices, tout en proposant des solutions inspirées par la charité chrétienne. »
Faut-il (encore) rappeler que la meilleure et plus sûre manière de lutter contre les injustices est de convertir les âmes ? et non de s’immiscer dans le jeu politique ?
Vers la Guinée équatoriale
Au cours du vol, le pape Léon XIV va prendre la parole pour un éloge appuyé de son prédécesseur, au jour anniversaire de sa mort. « Je voudrais tout d’abord, en ce premier anniversaire de sa mort, rendre hommage au pape François qui nous a quittés et qui a tant donné à l’Église par sa vie, son témoignage, sa parole et ses gestes ; en vivant véritablement la proximité avec les plus pauvres, les plus petits, les malades, les enfants, les personnes âgées. »
Il a ensuite détaillé son œuvre « Nous pouvons nous souvenir de tant de choses, par exemple la fraternité universelle, en cherchant à promouvoir un respect authentique pour tous les hommes et toutes les femmes. (…) Nous pouvons nous souvenir du message de miséricorde, depuis cette première fois lors de l’Angélus ; (…)il a voulu partager cet esprit avec toute l’Église, en organisant également cette très belle célébration du Jubilé extraordinaire de la Miséricorde. »
II] Guinée équatoriale
Le pays a la particularité d’être scindé en deux parties : continentale de 26 000 km2, et insulaire de 2 000 km2. La capitale était Malabo, située sur la partie insulaire, jusqu’en janvier 2026, date où Ciudad de la Paz, située sur la partie continentale, l’a remplacée.
Ancienne colonie espagnole, la Guinée équatoriale est devenue indépendante en 1968, le président à vie, Francisco Macias Nguema prenant le pays en mains, avant d’être chassé par un coup d’État en 1979, qui voit son neveu, Teodoro Obiang Nguema le remplacer. Il est toujours en place, après 46 ans et 6 réélections, établissant un record de longévité politique, hors régime monarchique.
Grâce à la découverte de gisements de pétrole dans les eaux territoriales, le pays possède l’un des plus hauts niveaux de richesse en Afrique, mais il est aussi l’un des plus inégaux dans le monde. La population s’élève à 1,8 million d’habitants, dont 80% sont catholiques et 4% protestants ; il faut compter environ 15% de chrétiens ajoutant des éléments animistes dans leur croyance.
Rencontre avec les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique
Durant son discours, Léon XIV a cité le pape Jean-Paul II, venu dans ce pays en 1982, dans un passage qui s’adressait au même président, toujours présent 44 années plus tard ! Il cite également saint Augustin dans son traité de la Cité de Dieu, jouant avec le nom de la nouvelle capitale, la Cité de la Paix.
Le pape rappelle également, comme il l’avait écrit quelques mois plus tôt, que « l’exclusion est le nouveau visage de l’injustice sociale. Le fossé entre une “petite minorité” (1% de la population) et la grande majorité s’est considérablement creusé ». Une manière de rappeler la situation faite au peuple équatoguinéen.
Suite du voyage
La visite de Léon XIV a coïncidé avec l’inauguration du nouveau campus de l’Université nationale de Guinée équatoriale, qui a été dénommé du nom du pape régnant.
Durant les divers événements qui ont émaillé cette visite, le Pape va répéter son désir de voir les chrétiens participer au développement intégral. Il encourage également les familles à accepter les vocations naissant en leur sein et insister sur l’évangélisation.
Vol de retour vers l’Italie
Durant le voyage de retour, le pape Léon XIV a spontanément expliqué le sens de ses voyages loin de Rome. Il explique d’abord que quand il fait un voyage « je parle pour moi-même, mais aujourd’hui en tant que Pape, évêque de Rome, c’est avant tout un voyage apostolique, pastoral, pour rencontrer, accompagner et connaître le peuple de Dieu ».
Il ajoute ensuite : « souvent, l’intérêt est plutôt politique : que dit le Pape sur tel ou tel sujet ? Pourquoi ne juge-t-il pas le gouvernement d’un pays ou d’un autre ? Et il y a certes beaucoup de choses à dire : j’ai parlé de justice et il y a des thèmes… Mais ce n’est pas là la première chose. Le voyage doit être interprété avant tout comme une expression de la volonté d’annoncer l’Évangile, de proclamer le message de Jésus-Christ. »
Le pape reconnaît que « bien souvent, il faut faire des remarques ou chercher à encourager ce même peuple à prendre en main sa vie ». Mais aussi « de parler avec les chefs d’État pour encourager peut-être un changement de mentalité, une plus grande ouverture à penser au bien du peuple, une possibilité d’aborder des questions telles que la répartition des richesses d’un pays. Au cours des entretiens que nous avons eus, nous avons traité un peu de tout. »
Conclusion
Les deux dernières étapes du voyage africain de Léon XIV n’ont pas donné lieu à des rencontres interreligieuses ou œcuméniques, faute de possibilité, le catholicisme étant nettement majoritaire, et la lutte contre un certain syncrétisme aurait rendu des échanges ou des dialogues avec des non-catholiques, particulièrement inappropriés. Il est heureux d’entendre le Pape affirmer la qualité apostolique et évangélisatrice de ses voyages.
Ce n’était pas le même son qu’il a fait entendre lors des deux premières étapes, où il s’est présenté comme « pasteur et serviteur du dialogue, de la fraternité et de la paix ». Il a également parlé de sa visite à la mosquée comme « significative » et qu’elle a permis « de montrer que, même si nous avons des croyances différentes, des manières différentes de pratiquer notre culte et des modes de vie différents, nous pouvons vivre ensemble en paix ».
C’est pourquoi il est loisible de s’interroger sur la valeur exacte de l’évangélisation selon Léon XIV.
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