Deux jours de vote par anticipation pour les élections municipales ont eu lieu samedi et lundi. Un petit tour au bureau de vote permet de constater que les règles entourant le déroulement du scrutin sont moins strictes au Nouveau-Brunswick que dans d’autres provinces.
Aller voter aux élections municipales au Nouveau-Brunswick peut être surprenant: aucune pièce d’identité n’est requise au moment du vote. Seule la carte de renseignements que chaque électeur a reçue par la poste est requise.
L’Acadie Nouvelle a pu le constater samedi, en allant visiter le bureau de vote situé au centre communautaire Crossman de Moncton. L’employée qui nous a accueilli dans la salle du vote nous a demandé nom et adresse, mais a refusé de regarder le permis de conduire que nous lui présentions.
Car au N.-B., qu’il s’agisse d’élections municipales ou provinciales, c’est au moment de l’inscription sur la liste électorale que les électeurs présentent une pièce d’identité, explique l’agente de communication d’Élections NB, Karine Pitre.
«Ce n’est pas nouveau, assure-t-elle. Cela remonte à l’époque où la loi a été rédigée», c’est-à-dire 1971.
Pourtant, lundi midi, en sortant du même bureau de vote, le citoyen Derek Melanson dit avoir été «surpris» qu’on ne lui ait pas demandé de pièce d’identité.
«Peut-être ont-ils accès aux informations du permis de conduire grâce au code-barre qui est sur la carte», supputait-il.
Le professeur de science politique à l’Université Mount Allison Mario Levesque trouve «très curieux» que l’on ne demande pas de pièce d’identité le jour du vote.
«Vous pouvez me donner votre carte de renseignements, et moi je peux aller voter [à votre place]», en conclut-il.
On pourrait même imaginer une fraude plus grave, où une personne malintentionnée irait récupérer des cartes de renseignements dans les boîtes aux lettres de ses voisins.
Il s’agirait d’une «infraction de catégorie F», d’après Karine Pitre, passible d’une amende de 240$ à 10 200$.
Dans d’autres provinces, cela ne se passe pas comme ça.
Au Québec, lors des élections municipales de novembre 2025, il était obligatoire de présenter une pièce d’identité au moment de voter, pour prouver qu’on est bien l’électeur qu’on prétend être.
En Ontario, les élections municipales auront lieu en octobre. Comme au N.-B., il faut présenter une pièce d’identité lorsqu’on s’inscrit sur la liste électorale. Mais le jour du vote, il faut aussi une «preuve» d’identité, qui n’a pas besoin d’avoir une photo: cela peut être un bail ou une facture d’électricité, par exemple.
Pancartes près du bureau de vote
Par ailleurs, autour du stationnement du centre communautaire Crossman, on peut voir de nombreuses pancartes de candidats.

Leur présence est tout à fait légale: la loi néo-brunswickoise stipule qu’il ne doit y avoir «aucun matériel publicitaire à moins de 30 mètres» de l’entrée du bureau de scrutin.
Il s’agit là d’une autre différence avec le Québec et l’Ontario, qui interdisent les pancartes électorales sur l’ensemble du terrain du bureau de vote, y compris son stationnement.
Certes, définir les limites du stationnement peut être compliqué (la bande gazonnée qui l’entoure en fait-elle partie?). Dans le cas du Québec, les municipalités (qui organisent les élections) ont donc le pouvoir de définir le périmètre dans lequel les pancartes sont interdites autour d’un lieu de vote.
Une recherche sur internet nous permet de constater que plusieurs municipalités québécoises interdisent les pancartes électorales à partir du moment où elles sont visibles par les électeurs depuis le bureau de vote.
Si l’on appliquait ce cas à Moncton, cela signifierait que les sept candidats qui ont installé leurs pancartes près du centre communautaire Crossman devraient venir les enlever.
Candidats à la porte: oui, c’est autorisé
Lors de notre visite au bureau de vote samedi après-midi, on n’a pas pu y échapper: la poignée de main d’un candidat au poste de conseiller municipal, venu saluer les électeurs devant la porte extérieure du bâtiment .
Une autre candidate était à ses côtés. Ils étaient d’ailleurs encore là, tous les deux, lundi matin.
Cette attitude pourrait être perçue par des électeurs comme une forme de pression.
Là-dessus, cependant, les lois du N.-B., du Québec et de l’Ontario sont d’accord: il est permis aux candidats d’être à l’entrée du bureau de vote, en autant qu’ils ne tentent pas d’influencer le vote, ou ne bloquent pas l’entrée.
Ils ne peuvent donc pas, par exemple, décliner leur programme électoral.
Il y a d’ailleurs eu un jugement de la Cour du Québec à cet égard, explique la porte-parole d’Élections Québec, Julie St-Arnaud-Drolet.
«Pour qu’il y ait une infraction, ça prend la preuve d’un “comportement positif” qui tend à inciter ou à convaincre les électeurs, que ce soit les rallier à une position ou les en dissuader».
«Donc oui, les candidats peuvent être à la porte pour saluer les électeurs et les remercier», résume-t-elle.
Faible participation lundi
À peine 12,3% des électeurs néo-brunswickois, soit 72 000 personnes, avaient voté par anticipation lundi à 16h30, d’après les données fournies par Karine Pitre d’Élections NB.
Il s’agit du nombre total de votes depuis le 20 avril. Depuis cette date, il est possible de voter dans les bureaux des directeurs de scrutin.
Samedi soir, on en était à 47 000 électeurs, soit environ 8%.
Difficile toutefois de comparer ces chiffres à ceux des élections précédentes: il y a depuis eu une réforme de la gouvernance locale. «Les gouvernements locaux sont différents, il n’y avait pas de districts ruraux en 2021», explique Karine Pitre.
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