La polémique enfle au sein du Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire. À l’origine, une tribune signée par Nadiany Bamba, dans laquelle elle remet en cause l’idée largement admise d’une gauche ivoirienne structurée. Une position qui n’a pas tardé à susciter une réaction ferme dans les rangs mêmes du parti. Ambroise Gnahoua, militant de base et ancien du Front populaire ivoirien, est monté au créneau pour exprimer un désaccord profond, frontal et sans concession.
Dans une déclaration au ton incisif, il rejette catégoriquement les propos attribués à Nady Bamba : « Non, je ne suis pas d’accord ! », martèle-t-il à plusieurs reprises, comme pour mieux marquer la gravité de ce qu’il considère comme une remise en cause inacceptable d’un héritage politique. Pour lui, affirmer qu’« il n’y a pas de gauche ivoirienne » revient à « porter un terrible coup à la mémoire de tous ceux qui ont lutté pour la liberté et la justice sociale dans ce pays ».
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Ambroise Gnahoua convoque alors les figures emblématiques de cette tradition idéologique. Il cite notamment Harris Memel-Fotê, Bernard Dadié, Boga Doudou ou encore Aboudrahmane Sangaré. « Une telle déclaration les ferait se retourner dans leurs tombes », lance-t-il, dénonçant une forme d’effacement historique.
Mais au-delà de l’émotion, le militant se veut aussi rigoureux sur le plan doctrinal. Il rappelle que le PPA-CI se définit lui-même, dans ses textes fondateurs, comme un parti « de gauche, socialiste et panafricaniste », fondé sur les principes du socialisme démocratique. « Nier l’existence de la gauche ivoirienne, c’est déchirer le manifeste et les statuts et règlement intérieur du PPA-CI qui déclarent textuellement que « le PPA-CI est un nouveau parti de gauche, socialiste et panafricaniste. Il a pour doctrine le socialisme démocratique. » (voir pages 3 et 13 du manifeste et article 4 des Statuts) », insiste-t-il, pointant une contradiction qu’il juge préoccupante.
L’un des points les plus sensibles de cette controverse reste cependant la place accordée à Laurent Gbagbo dans l’analyse du paysage politique. Là où Nady Bamba met en avant la centralité des grandes figures historiques, érigeant son époux en référence incontournable, Ambroise Gnahoua appelle à une lecture plus collective et idéologique. « Cette opinion vise à invisibiliser tout le combat politique de Laurent Gbagbo, que de nombreux ivoiriens ont suivi, non pas pour son nom, mais pour les idées novatrices que ses camarades et lui ont su développer pour notre pays: projet de société, programme de gouvernement. Ce sont ces idées et ce combat, fait de sacrifices et d’engagement, qui ont fait de Laurent Gbagbo un nom qui compte aujourd’hui. », affirme-t-il avec force.
Selon lui, réduire le combat politique de l’ancien chef de l’État à sa seule personne serait une erreur, voire une trahison. « Ramener le combat et l’héritage politique de Laurent Gbagbo à sa seule personne, c’est le faire mentir lui-même », tranche-t-il. Il rappelle que la naissance du FPI dans les années 1980 reposait avant tout sur un projet de société, porté par un collectif de militants engagés, et non sur une figure unique.
Cette sortie révèle une ligne de fracture au sein du PPA-CI, entre une vision incarnée du pouvoir et une approche fondée sur les idéologies et les programmes. À l’heure où les débats politiques se multiplient à l’approche des échéances électorales, cette controverse met en lumière des divergences profondes sur la nature même de l’engagement politique en Côte d’Ivoire.
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Une chose est certaine : loin d’être clos, le débat sur l’existence et la place de la gauche ivoirienne est désormais relancé avec vigueur. Et au sein même de la famille politique de Laurent Gbagbo, les voix discordantes se font entendre, preuve d’une dynamique interne qui pourrait redéfinir les contours du débat idéologique dans le pays.
Prince Beganssou
Nady Bamba : « La gauche ivoirienne n’existe pas, assumons ce qu’est Gbagbo »
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