François à propos de son enfance au Congo belge : “Le Congo me manquait, mon père, la liberté. »

Rappelons aussi que dans un pays grand comme deux tiers de l’Europe, divisé en six provinces comptant chacune leurs districts et leurs tribus, les expériences et les réalités sont forcément plurielles.

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Une enfance libre et sans risque au Congo belge

François est né en Belgique en janvier 1954. Ses parents déménagent au Congo belge en juillet. Son père était administrateur territorial, au service de l’État. Une situation qui impliquait à la famille de passer 20 jours par mois au coeur de la province, à vadrouiller parmi les villages. Ce n’est que trois ans plus tard que la famille devient sédentaire.

De fait, n’ayant que pour premiers copains sa fratrie et les enfants croisés sur les routes, François a appris la langue locale, le swahili, qu’il parlait avec le domestique et sa famille. « Petit, je jouais tout le temps dehors, avec les fils du boy qui habitait avec leur famille dans la maison au fond du jardin. Le terrain n’avait pas de clôture. C’était la liberté. On se sentait en toute sécurité. »

Rentrer en Belgique, lors des congés, contrastait avec cette réalité dorée. “Depuis l’avion, je vois des prairies vertes par le hublot, des vaches noires et blanches, je m’en souviens encore. Je rencontre mes grands-parents. Je découvre la neige. Mais c’était horrible, j’étais un étranger, confie François. C’était autre chose que les serpents sous les manguiers et les poulets que je vois encore courir sans tête après avoir été tués par le boy.”

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Le Congo belge habité de paradoxes

Au sein de sa famille respective, les relations avec les domestiques étaient conviviales, voire presque confraternelles avec les enfants, malgré un lien de subordination considéré comme la norme sociale. « C’était naturel. C’est le boy qui a appris à mon frère à marcher. Ce n’était pas des Noirs pour nous, c’était des humains. »

Une vérité qu’il est difficile d’étendre aux Noirs qui ne travaillaient pas au service des Blancs.

Aucun enfant ne nie le fondement raciste de la société au Congo belge. Mais si tous se pliaient à ce système, tous ne se sentaient pas colons. « Tous les Noirs étaient contre le système, simplement parce que tous étaient méprisés par le Blanc, qui les appelaient encore parfois des nègres. »

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Papa tué, maman violée : l’indépendance, un drame pour cet enfant belge

La montée de la mobilisation congolaise dès 1958, puis l’indépendance, en juillet 1960, ont mis un terme à l’innocence de ces enfants qui n’ont toutefois jamais vu de scènes de violences collectives et généralisées. Plus exposé parce que son père était agent territorial, François n’oubliera jamais la fuite. “Je sentais mon père préoccupé, les Noirs étaient contre le système qui les méprisait et les rangeaient encore comme des nègres. Le jour de l’indépendance, c’était sauve qui peut pour les Blancs, sans qu’il y ait pour autant de joie exubérante des Congolais.”

François vivra toutefois l’inconcevable. Réfugié dans une école plus éloignée avec sa famille, le petit garçon se voit braquer une arme contre lui par des militaires congolais à la recherche de son père. Il est pétrifié. Quelques minutes après, sa mère est violée. Quelques jours plus tard, cette dernière quitte le Congo avec ses enfants, laissant derrière eux leur père, à l’œuvre pour évacuer les Belges. Il sera tué par un Congolais pris d’une soif de vengeance quelques jours plus tard. François avait six ans et demi. “L’exil a été très dur, j’ai mis au moins trois ans à aller mieux mais la gêne sociale est restée jusqu’à mes 16 ans. Le Congo me manquait, ces femmes noires qui riaient, qui touchaient mes cheveux blonds et me surnommaient Raffia. Mon père. La liberté.”

Entre tendresse intime et réalité historique brutale, ces souvenirs, que certains considèrent dérangeants, ne cherchent ni à réhabiliter un système, ni à l’absoudre. Ils racontent simplement une enfance, inscrite dans un monde qui n’existe plus, mais dont les traces restent indélébiles.

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