Fini le temps où acheter une voiture neuve était un luxe réservé à une élite. Aujourd’hui, à Cotonou, franchir le seuil d’un concessionnaire devient une option sérieuse pour la classe moyenne.
Ben Alain vient de sauter le pas. Pour le prix d’une occasion européenne lourdement taxée, il est reparti avec une voiture chinoise neuve. « J’hésitais avec d’autres marques d’occasion. Mais avec les nouvelles taxes sur ce que nous appelons ici les « venus de France » et les avantages fiscaux, j’ai dû choisir une voiture chinoise qui est garantie trois ans. Elle a un écran tactile. Super belle, pratique, avec beaucoup de gadgets de dernière technologie. »
Un basculement lié à la fiscalité
Ce témoignage illustre un basculement systémique. Pendant des décennies, l’Europe a déversé ses véhicules d’occasion sur le continent. Mais la donne fiscale a changé : au Bénin, l’État offre des abattements allant jusqu’à 100 % sur la valeur en douane pour le neuf. Un séisme pour l’équilibre du marché, selon Djemessi Gloglo, expert en automobile.
« Oui, clairement, on est en train d’assister à un tournant. Pendant des décennies, le marché ouest-africain a été dominé par les véhicules d’occasion importés d’Europe parce qu’ils représentaient le meilleur compromis entre prix et fiabilité. Mais aujourd’hui, plusieurs facteurs viennent bousculer cet équilibre. »
Dans cette brèche fiscale, les constructeurs chinois s’engouffrent avec une stratégie de conquête implacable. Leur force ? Proposer du neuf au prix de l’usager européen, avec une avance technologique qui séduit une Afrique en plein renouvellement vert.
Honoré Mondomobé, expert en commerce international, partage la même analyse que Djemessi Gloglo.
« Le parc africain était majoritairement vieux… La donne a maintenant changé avec l’entrée de la Chine qui donne la possibilité d’acheter des véhicules neufs au prix d’anciens véhicules usagers. Donc les cadres ont complètement changé et aussi, avec une valeur technologique parfois plus avancée. »
Et Djemessi Gloglo, expert en automobile, d’ajouter : « Les constructeurs chinois proposent des véhicules neufs à des prix très agressifs, rendus possibles par leur capacité industrielle et une stratégie très offensive. Des acteurs comme BYD ou Cheri arrivent avec une logique très claire : conquérir. »
Les constructeurs européens voient leur position contestée par des marques chinoisesJohannes Neudecker/dpa/picture alliance
L’Europe récule
Les constructeurs chinois installent donc durablement leur écosystème économique sur le continent. Entre transition écologique et industrialisation locale, l’Afrique de l’Ouest dessine les contours d’une mobilité où l’Europe semble, pour l’instant, perdre le volant. Honoré Mondomobé.
« Les Africains ont déjà adopté les nouveaux véhicules chinois et semblent être satisfaits… Et les règles du jeu vont encore se complexifier du fait des règles du marché international qui vont raréfier encore plus le pétrole« , estime Honoré Mondomobé.
C’est donc la fin d’une époque, mais surtout le début d’une nouvelle phase de structuration du marché africain.
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