La Côte d’Ivoire modernise son cadre bancaire pour intégrer fintech et finance islamique

Alignée sur les standards de l’UEMOA, la réforme engagée par les autorités ivoiriennes vise à capter la montée en puissance des nouveaux instruments financiers, dans un contexte de transformation rapide des marchés en Afrique de l’Ouest.

Le gouvernement ivoirien accélère l’adaptation de son cadre financier. Réuni en Conseil des ministres le mercredi 29 avril, l’exécutif a adopté deux projets de loi visant à moderniser la réglementation bancaire et à restructurer en profondeur le secteur de la microfinance, en cohérence avec les textes uniformes de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA).

Le premier projet de loi introduit des évolutions majeures en intégrant dans le périmètre bancaire des activités jusqu’ici peu ou mal encadrées. Le texte « introduit dans le champ bancaire national, la finance islamique, […] les FinTech, ainsi que […] la monnaie électronique », selon le communiqué officiel.

Réponse à la demande de produits alternatifs

Au cœur de cette évolution figure la finance islamique, un segment en croissance qui repose sur des principes spécifiques. Contrairement au crédit classique fondé sur l’intérêt, elle privilégie des mécanismes adossés à des actifs réels et à une logique de partage des risques comme la Mourabaha, un mécanisme d’achat-revente où la banque acquiert un bien puis le revend au client avec une marge connue, sans intérêt ou l’Ijara qui s’apparente à un crédit-bail, avec mise à disposition d’un actif contre loyer et possibilité d’achat final.

Ces instruments permettent de répondre à une demande croissante pour des produits alternatifs, notamment dans des économies où l’inclusion financière reste un défi. Des initiatives comme Coris Bank Baraka illustrent cette dynamique en Côte d’Ivoire.

Cette annonce intervient dans un contexte où les perspectives du secteur de la finance islamique sont significatives. À l’échelle mondiale, les actifs de la finance islamique ont atteint environ 6 000 milliards $ (environ 5 105 milliards d’euros) en 2024, en progression continue malgré un ralentissement relatif de la croissance. L’Afrique subsaharienne ne représente encore qu’une part marginale de cet ensemble (0,25%) ce qui souligne un potentiel de développement important.

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Dans l’espace ouest-africain, cette montée en puissance se traduit déjà par le recours aux sukuk, ces obligations conformes à la finance islamique. Plusieurs pays notamment la Côte d’Ivoire, Sénégal ou le Bénin ont déjà levé des fonds via ces instruments sur le marché régional. Ce mouvement répond à un double objectif : diversifier les sources de financement et attirer de nouveaux investisseurs, notamment en provenance du Moyen-Orient et d’Asie, dans un contexte de contraintes accrues sur les marchés traditionnels.

Microfinance : corriger les fragilités structurelles

Le second projet de loi porte sur la réforme de la microfinance, un secteur clé pour le financement des ménages et des petites unités économiques, mais fragilisé ces dernières années.

Le texte introduit des « correctifs essentiels » en matière de gouvernance, renforce les dispositifs de gestion du risque de crédit et impose une modernisation des systèmes d’information afin de garantir des états financiers plus fiables. L’objectif est clair : enrayer la dégradation de la qualité des portefeuilles et améliorer la transparence du secteur.

Par ailleurs, la réforme renforce la protection des déposants et prévoit des mécanismes de traitement accéléré des institutions en difficulté. Cette approche vise à limiter les risques systémiques tout en restaurant la confiance dans un segment central pour l’inclusion financière.

Au premier trimestre 2025, le pays comptait 45 institutions de microfinances actives sur son territoire.

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