Côte d’Ivoire : « Après la dissolution de la CEI, il faut reconstruire la confiance nationale » (Yaya Fofana)
À la suite de la dissolution de la Commission électorale indépendante (CEI), Yaya Fofana, président du Mouvement des forces d’avenir (MFA), appelle à une refondation de la confiance démocratique en Côte d’Ivoire. Dans une tribune empreinte de gravité et de responsabilité, il plaide pour la mise en place d’institutions électorales crédibles, transparentes et inclusives, condition essentielle pour apaiser les tensions, renforcer la légitimité des processus électoraux et consolider durablement la cohésion nationale.
La dissolution de la Commission Électorale Indépendante ouvre une nouvelle étape de notre vie nationale. Une étape qui doit être abordée avec calme, hauteur de vue et surtout avec un profond respect pour le peuple ivoirien, ce peuple digne qui, malgré les épreuves de l’Histoire, continue de croire en la paix, en la démocratie et en l’avenir de notre nation. Les élections sont passées. Les passions se sont progressivement apaisées. Les contentieux semblent se refermer. Mais une République mature ne construit jamais son avenir sur les silences, les non-dits ou les incompréhensions.
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Car les nations fortes ne grandissent pas dans l’oubli des questions légitimes. Elles grandissent dans le courage de la vérité, dans la transparence et dans la capacité de leurs institutions à parler clairement à leur peuple. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire entre dans un moment important de son histoire démocratique. Ce moment exige de chacun de nous responsabilité, retenue et esprit républicain. Notre pays n’a plus besoin de divisions inutiles. Il a besoin de confiance, de sérénité et d’un nouveau souffle démocratique capable de rassurer tous les citoyens. La première exigence est celle de la clarification institutionnelle.
Les Ivoiriens veulent savoir quelle structure organisera les prochaines échéances électorales. Ils veulent comprendre la vision portée par l’État, les mécanismes envisagés et les garanties qui seront offertes à toutes les sensibilités politiques. Cette attente est légitime. Car la question n’est pas seulement administrative. Elle est profondément morale, républicaine et nationale. Lorsqu’un peuple commence à douter durablement de l’arbitre, c’est toute la confiance démocratique qui se fragilise lentement.
Nous devons donc bâtir une institution électorale crédible, équilibrée, moderne et respectée de tous. Une institution capable de rassurer aussi bien le citoyen du village que celui des grandes villes. Une institution qui parle à toutes les générations, à toutes les régions et à toutes les sensibilités de notre pays.
La démocratie ivoirienne mérite mieux que des soupçons permanents. Elle mérite la confiance.
Et la confiance ne s’impose jamais par la force. Elle se construit par la transparence, l’équité et le respect mutuel.
Le deuxième enjeu est celui de la mémoire démocratique. Le peuple ivoirien a mûri. Il observe. Il écoute. Il compare les paroles d’hier aux réalités d’aujourd’hui. Les débats passés autour de la Constitution, des réformes institutionnelles, des mandats et de la liste électorale demeurent présents dans les consciences. Cela impose à tous les acteurs politiques un devoir supérieur de cohérence et de responsabilité. Comme le rappelait le Président Félix Houphouët-Boigny, « la paix n’est pas un mot, c’est un comportement ».
Oui, la paix est un comportement. Et dans une démocratie moderne, ce comportement commence par le respect de la parole donnée, par l’écoute des inquiétudes du peuple et par la transparence dans la conduite des affaires publiques. Le peuple ivoirien ne demande pas la perfection. Aucun peuple au monde ne vit dans la perfection. Mais il demande la sincérité, la cohérence et la considération. Car lorsqu’un peuple se sent écouté, il devient patient. Lorsqu’il se sent respecté, il devient responsable. Mais lorsqu’il a le sentiment que sa parole ne compte plus, alors une distance dangereuse commence lentement à s’installer entre les institutions et la nation profonde.
C’est pourquoi nous devons protéger la confiance nationale comme un patrimoine commun. Le troisième enjeu concerne les passifs et les engagements pris devant la nation. Les Ivoiriens veulent comprendre les mécanismes de financement, les budgets engagés, les appuis reçus, les réformes annoncées ainsi que les corrections promises concernant la liste électorale. Ces interrogations sont normales dans une démocratie vivante. Poser des questions n’est pas un acte contre la République. C’est souvent une manière de vouloir la renforcer.
Une République forte n’est pas celle qui refuse les regards. C’est celle qui accepte la lumière. La transparence n’affaiblit jamais durablement un État. Au contraire, elle renforce sa légitimité et consolide la confiance des citoyens. Notre pays a déjà connu des heures difficiles. Nous savons tous ce que coûtent les fractures politiques profondes. Nous savons également ce que vaut la paix. C’est pourquoi nous devons éviter les paroles qui blessent inutilement, les provocations permanentes et les postures qui entretiennent les tensions. L’heure doit être à l’apaisement, à la responsabilité et à la reconstruction de la confiance nationale.
Oser entendre le pays profond avant que ses doutes ne deviennent des blessures visibles est, pour tout dirigeant, un acte de lucidité. Une autorité véritable ne se mesure pas seulement à sa puissance, mais à sa capacité à rassurer même ceux qui doutent. Au sommet de l’État, chaque parole engage non seulement le présent, mais aussi la mémoire que l’Histoire conservera. Toute décision prise dans les moments de transition doit donc porter le souci de rassembler plutôt que de diviser. Tenir compte des inquiétudes exprimées par le peuple n’enlève rien à l’autorité ; cela lui donne au contraire une profondeur morale.
Alors, la grandeur consiste parfois non pas à imposer sa volonté, mais à ouvrir un chemin d’apaisement durable. Reconnaître les attentes légitimes des citoyens n’est jamais un signe de faiblesse, mais la marque d’une sagesse républicaine. Ainsi se construisent les héritages qui résistent au temps, aux passions et aux jugements futurs de la nation. Il appartient désormais aux plus hautes autorités de notre pays de comprendre qu’au-delà des victoires politiques immédiates, l’Histoire juge toujours les dirigeants à leur capacité à consolider durablement la confiance nationale.
Les grands hommes d’État ne sont pas seulement ceux qui dirigent une époque. Ce sont surtout ceux qui savent entendre les inquiétudes silencieuses de leur peuple avant qu’elles ne deviennent des fractures visibles. Dans les périodes décisives, la sagesse du pouvoir ne réside pas uniquement dans sa force institutionnelle. Elle réside aussi dans sa capacité à rassurer, à rassembler et à laisser à la nation des institutions suffisamment crédibles pour survivre aux générations politiques. Car au final, le temps politique passe. Mais l’héritage laissé à la République demeure.
Nous devons construire un système électoral qui survive aux hommes, aux générations politiques et aux intérêts partisans. Un système suffisamment crédible pour que même celui qui perd reconnaisse la légitimité du processus sans avoir le sentiment d’avoir été exclu ou marginalisé. Car la grandeur d’une démocratie ne se mesure pas seulement à la victoire des vainqueurs. Elle se mesure aussi à la confiance des vaincus. La Côte d’Ivoire mérite des institutions fortes. Mais surtout des institutions justes, humaines et proches des réalités du peuple.
Notre nation possède une force immense. Cette force ne réside pas uniquement dans ses routes, ses immeubles ou ses performances économiques. Elle réside avant tout dans la résilience de ses populations, dans la sagesse de ses anciens, dans l’énergie de sa jeunesse et dans cette capacité ivoirienne à toujours rechercher la paix malgré les blessures du passé. Nous devons préserver cet héritage précieux. Car une nation commence à vaciller lorsque la confiance disparaît lentement dans le cœur des citoyens.
Un peuple peut traverser des crises économiques. Il peut surmonter des périodes de tensions. Mais aucun pays ne peut durablement avancer lorsque la parole publique perd sa crédibilité. Un peuple peut pardonner une erreur. Mais il n’oublie jamais une promesse trahie. L’Histoire observe toujours les peuples dans leurs moments de transition. Et les générations futures ne retiendront pas seulement les noms des dirigeants de cette époque. Elles retiendront surtout si nous avons eu le courage de bâtir une démocratie de confiance, de vérité et de respect mutuel.
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Car les grandes nations ne deviennent véritablement historiques que lorsqu’elles décident de faire de la confiance une culture nationale et de la justice une espérance accessible à tous. La Côte d’Ivoire mérite cette ambition. Elle mérite cette élévation. Elle mérite cette grandeur. Que Dieu bénisse la Côte d’Ivoire. Et que la sagesse, la paix et l’amour de la nation habitent chacun de ses fils et chacune de ses filles.
Fait le 6 mai 2026
Yaya Fofana
Président du MFA
Côte d’Ivoire : Yaya Fofana appelle à faire du futur fonds souverain un instrument de transparence et de progrès partagé
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