Au Mali, « l’alliance entre djihadistes et indépendantistes va durer tant qu’elle bénéficie aux deux »

Après une première offensive coordonnée en avril dernier, qui leur avait notamment permis de reprendre la ville de Kidal aux autorités maliennes, les deux mouvements ont de nouveau frappé dans plusieurs régions du pays au début du mois de juillet. Une attaque qui a notamment ciblé les villes d’Anéfis et d’Aguelhok, les deux dernières bases de l’armée malienne et de ses alliés russes de l’Africa Corps dans la région de Kidal.

« C’est du jamais vu »: Le Mali vacille sous les coups de boutoirs d’une alliance entre djihadistes et indépendantistes

Reprise d’Anéfis

Après cinq jours de combats acharnés, qui ont fait plusieurs dizaines de morts dans chaque camp, le FLA a dû, le 10 juillet, abandonner Anéfis, nœud routier stratégique vers le nord du pays.

Mais la situation demeure très instable et, malgré cette défaite face à l’armée malienne et ses alliés russes, l’association entre indépendantistes et djihadistes a démontré sa capacité à mener des actions coordonnées d’ampleur jusqu’au cœur du pays et du pouvoir. Et l’alliance entre ces deux mouvements aux visées bien différentes semble tenir.

« Ils ont signé un accord formel depuis le printemps 2025 et, en effet, ça tient », explique Nina Wilen, directrice de recherche pour le programme Afrique à l’Institut Egmont pour les relations internationales. « Et je pense que ça peut tenir tant que cette alliance est profitable aux deux parties. Le JNIM a besoin d’un partenaire plus légitime ».

Les djihadistes cherchent en effet à « adoucir » un peu leur image. « Le FLA n’est pas un groupe terroriste. Il n’a pas cette image fondamentaliste même s’il n’y a pas un océan qui sépare les deux mouvements sur cette question », enchaîne Mme Wilen, qui insiste aussi sur « la capacité des indépendantistes à tenir Kidal où ils bénéficient d’un vrai soutien de la population. Cela facilite la tâche du JNIM pour le contrôle du nord du Mali. Le FLA, lui, bénéficie de la capacité stratégique et militaire du jNIM. Un groupe djihadiste qui, après plusieurs attaques de bases et de convois militaires au Mali avait mis la main sur un tel stock qu’il avait un surplus et est devenu revendeur d’armes ».

Le pouvoir malien doit faire face à plusieurs fronts dans le nord du pays

Le califat pas pour tout de suite

Les deux « associés » ont des objectifs très différents. L’indépendance du nord pour le FLA et l’instauration d’un califat pour les djihadistes. « Les deux mouvements ne cherchent pas à reprendre le pouvoir de la junte. Par contre, ils tentent de l’affaiblir », poursuit Nina Wilen. « L’objectif final des djihadistes, c’est la création d’un califat mais on n’en est pas là. Aujourd’hui, ils gèrent des petits morceaux de territoire, des localités dans lesquelles ils appliquent déjà la charia« . Et ce territoire des islamistes n’est pas confiné au Mali. Ils occupent des positions au Niger, au Burkina Faso et progressent à l’ouest vers le golfe de Guinée ce qui leur permet aussi, en marge du djihad, de développer des routes pour leur business, comme celui qui consiste notamment à escorter les convois de drogue transnationaux.

« On peut dire que les djihadistes sont pragmatiques. Ils avancent progressivement. Ils bénéficient aussi de la politique des autorités maliennes qui ont interdit les partis politiques, des médias ou des structures de la société civile. La population est sous tension et la colère monte à l’égard de la junte. Plus celle-ci serre la vis, plus elle facilite la tâche des islamistes. Il ne faut pas perdre de vue qu’au Sahel, le djihadisme est essentiellement local. Il n’est ni imposé, ni importé. Tant que les juntes n’envisageront qu’une réponse militaire, elles n’y arriveront pas », explique Mme Wilen. qui pointe une autre approche dans les pays voisins comme la Mauritanie, le Bénin ou la Côte d’Ivoire. Ces pays ont compris qu’ils doivent tenter de répondre aux attentes de populations qui ont toujours été délaissées par la capitale.

« Dans plusieurs pays où prospèrent les djihadistes, on observe deux manquements de taille : l’absence des services essentiels qui devraient être garantis par l’État, comme la sécurité, la santé, ou la scolarisation, et la discrimination de certaines populations. Les Peuls, qui sont discriminés depuis longtemps, sont les premières recrues des djihadistes », explique Nina Wilen.


Les Russes restent

Lors des affrontements à Anéfis, dans le nord du Mali, entre le 4 et le 10 juillet, les troupes de l’armée malienne et leurs alliés russes ont finalement réussi à repousser l’attaque des hommes du Front de libération de l’Azawad (FLA).

« Il faut constater que les troupes russes restent au Mali. Leur mission, c’est de maintenir le régime en place. Même si celui-ci est affaibli, il est toujours présent. D’une certaine manière, la Russie remplit donc son contrat. Certes, il y a eu la perte de Kidal en avril dernier, mais l’Africa Corps n’a pas quitté le pays. En réalité, Goïta, (le chef de la junte malienne, NdlR) et les Russes n’ont pas le choix. Ils doivent maintenir leur union », explique Nina Wilen. Un divorce assorti presque inévitablement d’une débâcle militaire aurait des conséquences terribles pour les deux camps. Goïta perdrait au moins le pouvoir, les Russes la crédibilité sur un champ de bataille où ils livrent une guerre indirecte aux Ukrainiens qui soutiennent militairement et logistiquement les indépendantistes du FLA.

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