Baccalauréat en Guinée : réformer le système, pas accabler les élèves

Le taux de réussite au baccalauréat 2026 s’établit à 38,08 %, contre 32,34 % l’an dernier. Un léger mieux qui sera probablement revu à la hausse après les sessions de rattrapage. Mais au-delà des statistiques, une question essentielle demeure : que mesure réellement notre baccalauréat ?

Cette année, les examens ont été marqués par un drame qui ne devrait jamais être associé à l’école. Un candidat de 17 ans, poursuivi pour fraude, est décédé en détention. Cette tragédie relance le débat sur la judiciarisation de la fraude scolaire. Celle-ci doit être combattue avec fermeté, on le sait, mais transformer une faute scolaire en affaire pénale, au point de conduire un mineur en prison, interroge profondément. Dans de nombreux pays, en Afrique comme en Europe, la sanction consiste généralement en l’annulation de l’épreuve, l’exclusion de la session ou une interdiction temporaire de se représenter à l’examen. Autant dire que la prison reste une exception.

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En Guinée, l’atmosphère des examens est devenue anxiogène. Avant, pendant et après les épreuves, le discours officiel est dominé par la fraude, les arrestations et la surveillance. À force de vouloir traquer les tricheurs, on finit par oublier la mission première d’un examen : évaluer les connaissances.

Pourtant, les dysfonctionnements de l’organisation sont rarement évoqués. Exemples : Il arrive que des surveillants éprouvent des difficultés à recopier les sujets au tableau, faisant perdre de précieuses minutes aux candidats. Cette année encore, dans un centre de Matoto, l’interpellation d’un élève porteur d’un téléphone a retardé le début d’une épreuve d’environ 45 minutes, sans que ce temps soit restitué aux autres candidats. Alors question : Pourquoi les conséquences des défaillances du système devraient-elles toujours être supportées par les élèves ?

La vérité est plus profonde : on ne peut pas exiger l’excellence dans des conditions d’apprentissage souvent précaires. Des classes de près de cent élèves, parfois trois par table-banc, des enseignants insuffisamment formés, un manque de matériel pédagogique… Autre question : Comment espérer des résultats différents lorsque les conditions de départ restent les mêmes ?

Des pays comme le Maroc, le Sénégal ou la France ont fait évoluer leur système en accordant une place aux résultats obtenus durant l’année scolaire dans l’évaluation finale. Cette approche reconnaît qu’un examen de quelques heures ne résume pas toujours le parcours d’un élève, qui peut être affecté par le stress, la maladie ou d’autres circonstances indépendantes de sa volonté.

Le véritable défi de l’école guinéenne n’est donc pas seulement de réduire la fraude. Il est de construire un système plus juste, plus humain et plus crédible. Tant que nous continuerons à considérer les élèves comme les seuls responsables des échecs, nous passerons à côté de la véritable réforme : celle de notre système éducatif lui-même.

Ibrahima S. Traoré pour guinee7.com

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