Aiman Ezzat, le directeur général de Capgemini : « L’enjeu ? Intégrer l’IA au coeur des opérations et réinventer les processus métiers »

Quels sont les domaines dans lesquels l’IA a le plus apporté à votre groupe ? Pouvez-vous chiffrer les gains déjà obtenus et à attendre dans les prochaines années et les investissements réalisés ?

L’IA connaît une accélération spectaculaire. Mais au-delà des effets d’annonce, une évidence s’impose : la valeur ne viendra pas de la technologie seule. Elle viendra de la capacité des entreprises à l’intégrer au coeur de leurs opérations, donc à se transformer en profondeur.

L’IA agentique, capable d’agir de manière autonome, marque une rupture majeure. Elle va permettre une transformation structurelle du fonctionnement des entreprises. En tant que partenaire de transformation de ses clients, Capgemini est au coeur de cette mutation.

Il y a trois ans, nous avons lancé un investissement de 2 milliards d’euros pour renforcer notre portefeuille d’offres, développer notre écosystème de partenaires et former nos collaborateurs. Cet investissement nous permet aujourd’hui d’accompagner nos clients dans une mutation profonde.

Les effets sont déjà tangibles : sur certains projets, nous observons une accélération de plus de 30 % du développement applicatif, selon le type d’application, et une réduction de près de 20 % des incidents et des interruptions de service.

En fin de compte, l’IA élargit structurellement notre marché adressable et ouvre de nouveaux gisements de croissance. C’est ce que reflètent nos ambitions : une croissance annuelle de 5,5 % à 7,5 % à taux de change constants à horizon 2028, avec une amélioration de notre rentabilité et de notre génération de cash.

L’IA peut aussi avoir des effets négatifs pour certains métiers, et la Bourse a d’ailleurs parfois sanctionné par anticipation des valeurs ou des secteurs. Certaines de vos activités sont-elles concurrencées par l’IA et comment votre groupe s’est-il adapté ?

Chez nos clients, l’IA générative a ouvert la voie avec des gains de productivité individuels, mais son impact reste limité. L’IA agentique va plus loin : elle introduit une nouvelle forme de travail, avec des agents capables d’exécuter des tâches, de s’insérer dans les processus métier et de contribuer à la prise de décision.

Mais concrétiser cette promesse est tout sauf simple et les freins sont nombreux : systèmes existants complexes, données insuffisamment matures, gouvernance, sécurité, coûts. Le passage à l’échelle exige de repenser les systèmes, les données, les processus, l’organisation et les modèles opérationnels. Nous sommes très loin du plug and play [branchez et jouez].

Nos clients n’attendent pas des modèles : ils attendent des résultats. L’enjeu est désormais de réinventer les processus métiers et d’intégrer l’IA au coeur des opérations. C’est là que se joue le vrai changement de paradigme.

Cela suppose de créer une couche technologique agentique sur un socle modernisé, d’orchestrer la collaboration entre humains et agents, et de maîtriser les coûts de cette nouvelle force de travail. Sans gouvernance claire des rôles, de la sécurité et des responsabilités, déployer des milliers d’agents à l’échelle de l’entreprise serait une impasse.

Dans ce contexte, la question n’est pas de savoir qui développe les meilleurs modèles mais qui aide les entreprises à en tirer parti. La technologie ne suffit pas. Il faut savoir l’installer, l’intégrer et l’exploiter dans des environnements complexes. C’est précisément la valeur de Capgemini : orchestrer les dimensions technologiques, métiers et organisationnelles pour créer un impact concret.

Notre positionnement est clair : expertise sectorielle, capacités technologiques de bout en bout, gestion opérationnelle des processus et des écosystème de partenaires. C’est cette combinaison qui transforme les ambitions en résultats. Les projets d’IA générative et agentique représentent déjà plus de 11 % de nos prises de commandes au premier trimestre, contre 6 % un an auparavant.

La transformation agentique ouvre un potentiel considérable pour le groupe. Elle ne mobilise plus seulement les budgets IT traditionnels : elle s’invite au coeur des priorités stratégiques et des budgets opérationnels des entreprises. Nous estimons que l’opportunité liée à l’IA agentique dans les services numériques et le conseil représente 400 milliards de dollars supplémentaires par an à horizon 2030.

Quels changements avez-vous et allez-vous apporter à votre organisation pour exploiter au mieux l’IA ? Craignez-vous un impact négatif sur l’emploi ?

L’IA aura un impact profond sur les métiers, certaines tâches deviennent automatisables, d’autres métiers seront créés, mais il est encore trop tôt pour dire si l’IA aura à terme un impact négatif sur l’emploi.

Pour Capgemini, l’IA implique une transformation profonde, couvrant les solutions, la formation, l’adaptation de nos modèles de delivery et de nos propres opérations. Avec l’acquisition de WNS il y a quelques mois, nous avons créé un leader mondial des opérations intelligentes, qui sera l’un de nos piliers de croissance dans les prochaines années.

Notre ambition est simple : être le partenaire qui transforme le potentiel de l’IA en impact opérationnel réel, mesurable et durable. Faire de l’IA non pas une technologie de plus, mais un levier structurant de performance, de compétitivité et de transformation à grande échelle.

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