Il y a une semaine, six millions de Sénégalais ont convergé vers la ville sainte de Touba pour le Grand Magal, qui symbolise le départ en exil de leur guide spirituel Cheikh Amadou Bamba. En 1895, le résistant sénégalais avait été déporté au Gabon où il est resté en captivité pendant sept ans, dont cinq ans à Mayumba, dans le sud du Gabon.
Publié le :
2 min Temps de lecture
Avec notre correspondant de retour de Mayumba, Yves-Laurent Goma
Cette cloche de près d’une tonne, datant des années 1800, est le dernier vestige qui témoigne avec précision de l’endroit où les colons français avaient emprisonné Cheikh Amadou Bamba.
L’historien Chérubin Délicat guide ici les pas des pèlerins mourides. « Nous avons devant nous ici un goyavier. C’est le point qui marque le lieu où se trouvait la chambre de Cheikh Amadou Bamba. L’histoire dit que lui-même avait été forcé de construire sa chambre », explique-t-il.
La case du résistant sénégalais était encerclée par des symboles catholiques très forts : la grande église, la cloche et les bureaux de l’évêque. Un confinement qui n’était pas un hasard. « On l’a amené ici pour, en quelque sorte, un lavage de cerveau. Mais l’administration coloniale a bien compris que c’était une personne irréductible », ajoute l’historien.
« On peut dire que c’est notre deuxième ville sainte de Touba »
Pendant ses cinq ans de captivité, Cheikh Amadou Bamba ne s’est pas laissé abattre. Il a rédigé à Mayumba des textes du mouridisme. « La mission catholique de Mayumba, précisément, se trouve être La Mecque. Les Mourides, ils viennent en pèlerinage », note Chérubin Délicat.
Et beaucoup de Sénégalais du Gabon ont déjà effectué le voyage de Mayumba. « Moi, le jour où j’y suis allé avec mes frères, j’ai pleuré, parce que vraiment je me dis que le temps colonial, les Blancs, ce n’étaient pas des gens bien », confie l’un d’entre eux. « Mayumba, c’est quelque chose de gravé dans nos cœurs. On peut dire que c’est notre deuxième ville sainte de Touba », témoigne un autre.
À ce jour, toutes les traces de Cheikh Amadou Bamba à Mayumba ont quasiment disparu et il n’existe pas de symboles pour célébrer sa mémoire. Une situation qui inquiète et préoccupe la communauté mouride. Un accord est à l’étude entre l’Église catholique, propriétaire du site où était emprisonné Cheikh Amadou Bamba, et la communauté mouride. En attendant l’aboutissement de cet accord, une association des Mourides du Gabon organise depuis trois ans une caravane dite Mayumba. Son coordonnateur, Senne Badara, énumère les actions prévues à Mayumba pour perpétuer la mémoire du résistant sénégalais.
Nous avons prévu un complexe qui va être composé d’un centre de santé, d’un centre de formation pour les jeunes de Mayumba, d’un lieu de prière et d’un centre (…) pour accueillir des conférences et des séminaires.
Senne Badara, représentant des mourides du Gabon
Crédit: Lien source