Affaire Sossoukpè : RSF traîne la Côte d’Ivoire et le Bénin devant la justice régionale


La plainte déposée par Reporters sans frontières (RSF) devant la Cour de justice de la CEDEAO marque une nouvelle étape dans une affaire aux répercussions régionales majeures. L’organisation accuse la Côte d’Ivoire et le Bénin d’avoir violé des droits fondamentaux dans le traitement des journalistes Hugues Comlan Sossoukpè et Ali Moumouni, tous deux détenus à Cotonou depuis 2025.

Selon RSF, les faits remontent à juillet 2025, lorsqu’Hugues Comlan Sossoukpè, fondateur du média d’investigation Olofofo et réfugié politique au Togo depuis 2021, est invité à Abidjan pour couvrir un événement organisé par les autorités ivoiriennes. Mais ce séjour professionnel va basculer dans une affaire qualifiée d’« enlèvement » par l’organisation. Le journaliste aurait été interpellé par des officiers béninois, avec la complicité présumée des autorités ivoiriennes, puis exfiltré vers Cotonou à bord d’un avion privé, en dehors de tout cadre légal.

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Dans un communiqué, RSF dénonce « un enlèvement, une séquestration, un transfert forcé et une remise opérés en dehors de tout cadre légal », ajoutant que ces actes constituent des violations graves du droit international, notamment en matière de protection des réfugiés et de liberté de la presse. Pour Arnaud Froger, « ce qui est arrivé à Hugues Comlan Sossoukpè puis à Ali Moumouni n’est malheureusement pas tiré d’un mauvais film d’action », évoquant des « manœuvres sombres » impliquant les deux États.

RSF estime que la Côte d’Ivoire a manqué à ses obligations en remettant un réfugié aux autorités de son pays d’origine sans procédure judiciaire transparente. De son côté, le Bénin est accusé d’avoir orchestré l’opération et de maintenir les deux journalistes en détention arbitraire. Hugues Comlan Sossoukpè est poursuivi pour « harcèlement par le biais d’un système informatique », « rébellion » et « apologie du terrorisme ». Il a été maintenu en isolement pendant plusieurs mois, avec un accès limité à ses proches.

L’affaire ne s’arrête pas là. Six jours après cette arrestation, un second journaliste, Ali Moumouni, est interpellé à Cotonou. Ancien journaliste du groupe Canal 3, il est soupçonné d’être un collaborateur du média Olofofo. Placé sous mandat de dépôt, il fait face à plusieurs chefs d’accusation similaires. Sa première audience n’a eu lieu qu’en mars 2026, soit plus de huit mois après son incarcération, ce que RSF considère comme un délai excessif.

Pour Sadibou Marong, la situation est alarmante : « Ils croupissent injustement dans des geôles béninoises depuis près de neuf mois. RSF exige leur libération immédiate et la réparation des préjudices subis. » L’organisation insiste sur le caractère inédit de cette affaire en Afrique de l’Ouest, notamment en raison du statut de réfugié de Sossoukpè au moment des faits.

En saisissant la Cour de justice de la CEDEAO, RSF espère obtenir une reconnaissance officielle des violations alléguées et faire pression sur les États concernés. Cette juridiction régionale, compétente en matière de droits humains, pourrait contraindre la Côte d’Ivoire et le Bénin à répondre de leurs actes.

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Au-delà du cas individuel des deux journalistes, cette affaire soulève des inquiétudes plus larges sur la sécurité des professionnels des médias dans la région. Elle interroge également sur les limites de la coopération sécuritaire entre États lorsqu’elle se fait au détriment des libertés fondamentales.

Afriksoir

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