Au Ghana, la flambée de l’or fragilise le sud-africain Gold Fields

La hausse de l’or génère des revenus records pour les compagnies minières opérant en Afrique de l’Ouest, mais elle a aussi ravivé partout l’exigence d’un partage plus équitable de la rente. Le sud-africain Gold Fields est confronté à cette équation au Ghana, leader africain de la production d’or.

Le gouvernement ghanéen ne renouvellera pas automatiquement le bail minier de Gold Fields sur la mine de Tarkwa. C’est ce qu’a confirmé, lundi 26 mai, Isaac Andrews Tandoh, patron du régulateur minier (Minerals Commission), un peu plus d’un an après que la compagnie sud-africaine s’était déjà vu refuser le renouvellement du bail de sa seconde mine dans le pays.

Présente depuis plus de trois décennies au Ghana, Gold Fields s’est retrouvée, en moins de deux ans, dans une position délicate, alors que l’envolée des prix de l’or a ravivé les débats sur la captation de la rente minière dans plusieurs pays ouest-africains.

Actif dans le secteur aurifère ghanéen depuis 1993, le groupe coté à Johannesburg a bâti deux des plus grands sites aurifères du pays. Tarkwa seule a produit 427 000 onces en 2025, soit environ 17,6% de la production attribuable totale du groupe (2,43 millions d’onces), avec une durée de vie estimée à 17 ans. Jusqu’en avril dernier, Damang était la seconde mine de Gold Fields au Ghana. Mise en service en 1997, elle est arrivée en fin de vie ces dernières années, avec une production totale passée de 230 000 onces en 2022 à 97 500 onces l’année dernière.

Alors que son bail expirait en avril 2025, Gold Fields a sollicité un renouvellement qui a été rejeté, avec un moratoire d’un an offert à la compagnie par l’Etat. Accra a donc repris le contrôle de l’actif à la fin de cette prolongation d’un an avant de sélectionner la société locale Engineers & Planners pour en assurer la relance. Le gouvernement a justifié ce choix par la volonté de maintenir l’activité et renforcer la participation locale dans l’industrie minière.

« Juste » partage de la rente minière

Après Damang et la question du contenu local, c’est le dossier Tarkwa qui cristallise désormais un débat plus large sur la place des compagnies étrangères dans l’exploitation de l’or ghanéen. Plusieurs organisations de la société civile et groupes communautaires ont appelé le gouvernement à ne pas renouveler le bail de Gold Fields, estimant que les bénéfices tirés de la mine n’ont pas suffisamment profité aux communautés locales. Le think tank ghanéen Institute of Economic Affairs (IEA) est allé plus loin en présentant l’expiration du bail (en avril 2027) comme une occasion de renforcer la participation ghanéenne dans un secteur stratégique.

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Cette contestation intervient dans un contexte particulier. Avec des cours de l’or à des niveaux historiquement élevés, la question des retombées pour les pays producteurs revient au centre du débat public au Ghana, comme dans d’autres pays ouest-africains, notamment au Mali et en Côte d’Ivoire. Pour Accra, il ne s’agit plus seulement d’attirer des investisseurs capables d’exploiter les gisements, mais de s’assurer que la hausse des prix se traduit par davantage de recettes publiques, d’emplois et de valeur ajoutée locale.

Le nouveau régime de redevances minières s’inscrit dans cette logique. Le Ghana a décidé cette année de remplacer le taux fixe de 5% par un mécanisme progressif, lié à l’évolution des prix de l’or. Selon les éléments communiqués par les autorités, le taux pourrait monter jusqu’à 12% lorsque l’once atteint 4 500 dollars, seuil autour duquel se négocie actuellement le métal jaune, après une hausse d’environ 70% en 2025. Pour les autorités, cette réforme corrige une faiblesse ancienne du système fiscal minier, qui permettait aux compagnies de bénéficier pleinement des périodes de boom sans ajustement proportionnel des revenus publics.

Climat des affaires menacé ?

La volonté d’Accra de reprendre davantage la main sur le secteur minier suscite aussi des inquiétudes dans l’industrie. La Chambre des Mines du Ghana redoute qu’une pression fiscale plus forte, combinée aux incertitudes sur les renouvellements de permis, ne dégrade la perception du pays auprès des investisseurs. Son argument est que la compétitivité minière ne dépend pas seulement de la richesse du sous-sol, mais aussi de la prévisibilité réglementaire, de la sécurité des titres et de la capacité des opérateurs à planifier des investissements lourds sur plusieurs décennies.

Alors que l’IEA plaide pour un passage de Tarkwa sous contrôle ghanéen, comme avec Damang, la Chambre a répondu en rappelant que la période de nationalisation qui avait précédé l’arrivée des grands groupes étrangers dans les années 1980 avait coïncidé avec une forte dégradation de la production et de l’investissement dans le secteur. Contrairement à Damang, Tarkwa n’est pas une mine en fin de cycle et un refus de renouvellement pourrait s’avérer plus difficile à gérer aussi bien pour Gold Fields que pour l’Etat ghanéen, exposé à un risque de contestation judiciaire.

Le ministre des Terres et des Ressources naturelles, Emmanuel Armah-Kofi Buah, assure que le gouvernement ne poursuit pas une politique de nationalisation systématique, mais entend sélectionner des partenaires capables de renforcer l’expertise locale et de créer des retombées durables pour les communautés d’accueil. L’issue des négociations sur Tarkwa pourrait donc fixer le nouveau cadre dans lequel les grands groupes miniers étrangers maintiendront, ou non, leur présence au Ghana dans les prochaines années.

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