Au Sahel, une réponse diplomatique aux difficultés militaires? – La fabrique du monde

Deux attaques, l’une au Mali et l’autre au Niger se sont produites ce week-end. Elles indiquent que les difficultés récurrentes des pays de l’Alliance des États du Sahel dans la lutte contre la menace jihadiste et indépendantiste, pour ce qui concerne le Mali, sont toujours là. Selon les bilans annoncés, ces attaques deviennent de plus en plus importantes.

Les bilans sont lourds. Au moins une cinquantaine de soldats des forces armées maliennes tués dans une embuscade des indépendantistes du Front de libération de l’Azawad et des jihadistes du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (Jnim) juste au sud d’Anéfis sur la route de Gao. Il faut y ajouter au moins 24 prisonniers et du matériel détruit. C’était samedi.

Au lendemain d’une attaque qui, de source officielle, a fait au moins 16 morts dans les rangs de l’armée nigérienne dans l’ouest du Niger, une zone où opère l’État islamique au Grand Sahara. L’armée nigérienne communique rarement sur les bilans des attaques qu’elle subit et la précision est donc notable, d’autant que, selon les informations de RFI, le bilan serait d’au moins 47 morts parmi les forces armées.

Ces attaques meurtrières suivent plusieurs mois de difficultés pour les deux pays. Chute de Kidal et attaques contre Bamako et la ville garnison de Kati au Mali et deux attaques contre l’aéroport de Niamey.  

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Collaborer davantage

Ces difficultés expliquent une importante activité diplomatique ces derniers jours. Il y a dix jours, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov était à Niamey pour rencontrer les dirigeants de l’AES et renouveler le partenariat de la Russie avec les trois pays. Tout en admettant que les soldats russes de l’Africa Corps, anciennement le groupe Wagner, ne peuvent pas tout. La preuve, il y avait des Russes dans le convoi qui a été attaqué samedi et ils ont manifestement eu des difficultés à peser, comme ils avaient eu du mal à peser lors de la chute de Kidal.

Le chef de la diplomatie russe arrivait d’Addis-Abeba où il avait rencontré les dirigeants de l’Union africaine. Et justement, jeudi dernier, le président de la Commission de l’UA, Mahamoud Ali Youssouf, était au Burkina Faso, le troisième pays de l’AES, pour tenter de convaincre les dirigeants de l’organisation de collaborer davantage avec l’UA et même avec la Cédéao, avec laquelle les pays de l’AES ont rompu, mais qui était réunie ces derniers jours en sommet en Sierra Leone et qui cherchait les moyens de se rapprocher des pays de l’AES.  

La politique reprend ses droits ?

Il y a des raisons d’y croire, notamment ce dégel entre l’Algérie et le Mali. Il a été opportunément annoncé juste après le passage de Sergueï Lavrov à Niamey. Alors que les deux pays étaient brouillés depuis plus d’un an, le Mali accusant son voisin du nord de complaisance avec les indépendantistes du FLA et les jihadistes du Jnim, dont certains se replient effectivement régulièrement en territoire algérien. Les deux pays ont décidé du retour mutuel de leurs ambassadeurs et de la réouverture de leurs espaces aériens.

On peut y voir la main de Moscou, qui entretient des liens de proximité avec l’Algérie, mais ce n’est pas tout: il semble que le Niger a œuvré à ce rapprochement, de même que le Togo, proche des pays de l’AES. Ce que l’on ne connait pas exactement, c’est la contrepartie de ce dégel et de l’accord qui a été passé. Mais on a le droit d’imaginer que quand la réponse « tout sécuritaire » ne fait pas la preuve de son efficacité, la politique reprend ses droits.  

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