Au Soudan, les langues d’anciens détenus des FSR se délient: «On ne se sentait même plus humain»

Notre série de reportages toute la semaine sur le Soudan qui vient d’entrer dans sa quatrième année de guerre. C’est à Khartoum, en avril 2023, que les combats ont éclaté entre l’armée et les Forces de soutien rapide (FSR) qui s’affrontent pour le pouvoir. Après avoir occupé la capitale pendant deux ans, les FSR ont été chassées l’année passée par les Forces armées soudanaises. Dans la capitale, la population civile, surtout les hommes, a été victime de la paranoïa des FSR durant leur occupation, qui s’est traduite par de nombreuses détentions arbitraires. 

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Avec notre envoyée spéciale à Khartoum, Gaëlle Laleix

L’île de Tuti se trouve à la croisée des deux Nil, au cœur de Khartoum. Durant l’occupation des FSR, elle a été coupée du monde et soumise à leur loi brutale.

C’est parce qu’il s’est opposé aux violences sexuelles que Khalid Ahmed, l’imam de Tuti, a été fait prisonnier par les miliciens. « Notre cellule était en sous-sol, il y avait entre 200 et 300 prisonniers », relate le religieux, « dans un coin, il y avait de petites gamelles pour faire ses besoins, l’odeur était insoutenable… On dormait à même le sol et nos chaussures nous servaient d’oreiller. »

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En tout, Khalid Ahmed aura passé près de six mois en détention. « À ce moment-là, on ne souhaitait qu’être libéré, ou mourir », relate l’imam. Il raconte que certains de ses codétenus étaient « psychologiquement détruits », que l’abandon les avait gagnés. « On ne se sentait même plus humain », tranche-t-il.

Au début de la guerre, la Croix-Rouge a participé à l’échange de prisonniers entre les deux camps. Des initiatives à l’arrêt aujourd’hui. Daniel O’Maley, directeur de la Croix-Rouge au Soudan, dit rester disponible pour d’autres échanges. « Mais, aujourd’hui, le plus important, c’est d’avoir accès aux prisonniers, on sait que leurs conditions sont dures en termes d’infrastructure, de santé, de contact avec leurs familles et, pour nous, c’est inquiétant », alarme le travailleur humanitaire.

Plus de deux cents prisonniers ont été échangés au début de la guerre. Le nombre de détenus est aujourd’hui impossible à calculer.

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