Sans lui, l’afrobeat n’aurait pas la même saveur aujourd’hui. Moins célèbre que son acolyte, rival et ami nigérian Fela Kuti, Ebo Taylor n’en est pas moins important. Car avant d’être une révolution nigériane, l’afrobeat est issu d’une histoire ghanéenne, formé au contact du highlife, ce style musical né au Ghana entre les années 1930 et 1950 et qui invente le dialogue entre rythmes africains, jazz ou orchestrations.
Issu de la culture fanti, un peuple côtier pour lequel la musique joue un grand rôle, Ebo Taylor, ce pilier du highlife, développe de fait une vision poreuse des genres et des sons, avec des allers-retours entre l’Afrique et sa diaspora. Entendu dans des enregistrements où il n’est pas crédité, ne se revendiquant pas comme engagé politiquement, il cherche toujours à relier plutôt qu’à conquérir.
Aux origines du highlife
C’est au Ghana que se produit sans doute le premier mélange entre musique authentiquement africaine et instruments occidentaux, des fusions que l’on retrouve dans le highlife. Celui-ci naît sur la côte de Guinée, dans les ports très animés de cette Gold Coast qui deviendra le futur Ghana, dans ces années 1930 où marins, soldats, missionnaires ou encore commerçants font circuler les sons autant que les marchandises, tandis que le jazz américain arrive par les disques et notamment par la radio et les orchestres de passage. Au départ, cette musique appartient aux clubs coloniaux, lesquels sont essentiellement fréquentés par les élites africaines dans un contexte de colonisation britannique. D’où le nom de “highlife” pour cette musique qui accompagne la vie mondaine et les soirées élégantes.
A cette époque, s’imposent vite des thèmes tels que le panafricanisme, grande idée de Kwame Nkrumah, futur président du Ghana devenu indépendant en 1957. Dans ces années-là, ce qui se passe à Accra donne beaucoup d’espoir au reste du monde.
Ebo Taylor, du Ghana à Londres et à Fela Kuti
Si l’invention du highlife est attribuée à Emmanuel Tettey Mensah (1919-1996), que l’on surnomme le roi de ce genre, Ebo Taylor contribue grandement à l’enrichir. Enfant de la culture fanti, né en 1936 dans un pays qui n’est pas encore le Ghana, il multipliera toute sa vie les allers-retours.
D’abord formé en autodidacte, Ebo Taylor rejoint ainsi des groupes locaux mêlant des airs ghanéens, des cuivres jazzistiques et des sons caribéens, dont le calypso. En 1962, il part à Londres pour étudier la composition au conservatoire. Il y découvre le jazz et y côtoie des artistes comme les membres du groupe britannique dit d’afrorock Osibisa.
Surtout, il devient l’ami d’un certain Fela Kuti. Issu du Nigeria et que l’on connaît aujourd’hui principalement comme le représentant légendaire de l’afrobeat, celui-ci aura lui-même pratiqué le highlife, aux côtés notamment de son premier groupe, les Koola Lobitos. Lui et Ebo Taylor œuvrent cependant sur des voies différentes, notamment parce que ce dernier ne revendique pas une démarche politique dans sa musique.
Ebo Taylor met son talent au service d’autres musiciens, dont cet autre représentant du highlife qu’est Pat Thomas, et participe de fait à des disques sur lesquels son nom n’apparaît pas. Après plusieurs albums, dont My Love and Music (1976), il est redécouvert à partir des années 2000, samplé par des artistes afro-américains, dont les Black Eyed Peas en 2018 avec le titre “RING THE ALARM pt.1 pt.2 pt.3”, issu de l’album Masters of the Sun Vol. 1. En 2010, Ebo Taylor enregistre un nouvel album, Love and Death, et se livre à une tournée triomphale. Son dernier disque enregistré à 88 ans sort en janvier 2025 sous le titre Jazz is Dead.
Programmation musicale et archives :
- Ebo Taylor, “Heaven”, album Ebo Taylor, 2002
- Black Eyed Peas, “RING THE ALARM pt.1 pt.2 pt.3”, album Masters of the Sun Vol. 1, 2018
- Archive : Ebo Taylor sur le fait que l’afrobeat vient du highlife, Rhythm Passport, 2014
- E. T. Mensah & His Tempos Band, “Odo Pa”, 1962
- Archive : E.T. Mensah sur ses débuts dans le highlife, Voice of America, 1981
- Stargazers Dance Band, “Tosileta”, album Stars Are Dancing, 1959
- Fela Kuti & His Koola Lobitos, “It’s Highlife Time”, album Fela Ransome Kuti & His Koola Lobitos, 1968
- Gyedu Bley-Ambolley, “Round Midnite”, album The Next Generation, 2013
- Ebo Taylor & Pat Thomas, “Ene Nyame ‘A’ Mensuro”, album Sweeter Than Honey Calypso “Mahuno” and High Lifes Celebration, 1980
- Archive : Gyedu-Blay Ambolley sur le mélange de ses influences, du highlight de Ebo Taylor au jazz de Miles Davies, Kafui Dey, 2025
- James Brown,”I Got the Feeling”, 1968
- Fela Kuti & His Koola Lobitos, “Nigerian Independence”, 1961
- Wes Montgomery ,”Airegin”, album The incredible jazz guitar of Wes Montgomery, 1984
- Archive : Ebo Taylor sur la spécificité de l’album Appia Kwa Bridge, Strut Records, 2012
- Ebo Taylor, “Twer Nyame”, 1978
- Archive : Ebo Taylor sur le fait que sa musique n’est pas politique, Rhythm Passport, 2014
- Pat Thomas & Ebo Taylor, “Yes indeed trus’me version”, album Disco highlife reedit series vol 3, 2020
- Peter Somuah & Pat Thomas,” We Give thanks”, album Highlife, 2024
- Ebo Taylor, “Feeling”, album Jazz is dead / Vol. 22, 2025
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