« Avec nos outils, c’est une précision au centimètre » : dans les montagnes, des géomètres mobilisent la haute technologie pour aider à préserver le village d’estive ancestral des Goutets
En Ariège, au village d’estive des Goutets, des géomètres-experts utilisent des drones et des récepteurs centimétriques pour cartographier ce site patrimonial. L’opération, menée lors de la semaine de la profession, s’inscrit dans le cadre du projet de préservation et de mise en valeur de ces vestiges agro-pastoraux du Couserans. On vous explique.
« Ah, les Trois Seigneurs se dégage enfin. » Un air satisfait se peint sur le visage de Richard Danis, le président de l’association Montagnes et patrimoine. Le soleil a décidé de gracier le pic à la frontière du Vicdessos et du Couserans de sa présence, et, par extension, le site agropastoral des Goutets, niché à son pied.
Les cabanes du village d’estive sont animées en ce début d’été, autant sur terre que dans les airs : un drone d’une envergure de plusieurs mètres survole les constructions, caméra fermement pointée sur le sol ; dans les creux et les recoins qui jalonnent le terrain, des géomètres avancent à pas réguliers, une antenne surmontée d’un récepteur dans les mains.
La technologie s’appuie sur le papier de la fin des années 90
Les experts en mesure de l’Ariège se sont donnés rendez-vous sur le village d’estive dans le cadre de la semaine des géomètres-experts, une opération pour faire connaître ce métier peu commun. « L’avantage, c’est qu’on peut faire plein, plein, plein de choses dans ce métier », sourit Jean-Sébastien Rivère, l’un des représentants de la corporation ce jour-là. La mesure de précision, c’est leur cœur de métier, dans n’importe quel environnement : bornage de limite de propriétés, appartements, carrières, division de parcelles, terrains à bâtir ou lotissements, mesure de châteaux ou de montagnes…
Tout ce qui est mesurable est donc mesuré par les géomètres, et ils ont proposé leurs compétences au syndicat des montagnes Le Port – Massat afin de les aider à cartographier, mesurer, répertorier les caractéristiques du site des Goutets. Ce jour-là, c’est notamment pour déceler les canalettos qui irriguaient les cabanes et rafraîchissaient les granges où était conservé le beurre fait en altitude que les experts se sont mobilisés : un travail de longue haleine, puisqu’il faut cheminer dans les creux du terrain pour suivre les rigoles qui subsistent çà et là.

Pour cela, les membres de l’équipe s’appuient sur des relevés, qui ont été effectués à la main dans les années 2000 : relevés minutieux mais qui pouvaient gagner en actualisation. Pourtant, c’est « la Bible » pour ceux qui travaillent sur le projet de restauration de ce village agro-pastoral, qu’occupaient les familles de la vallée montées en estive avec leurs bêtes pendant plusieurs mois d’été.

Occupées entre le XIXe siècle et les années 60, les cabanes en pierre sèche ont depuis été peu à peu abandonnées et se sont dégradées sous l’effet du temps et des intempéries. De quoi pousser associations, organismes et pouvoirs publics à engager la restauration de ce site labellisé « site patrimonial remarquable », avec réfection des orris et création d’un sentier de découverte et d’interprétation.

Une précision au centimètre près
Quand dans les Pyrénées-Orientales, le Gard ou l’Hérault, les géomètres font des mesures de bateaux, dans le Gers celle d’une vigne classée patrimoine historique, en Ariège, ils ont mis leurs chaussures de marche pour arpenter les terrains des Goutets. Deux entreprises fournisseuses de matériel les accompagnent sur le site avec drone et antenne pour caractériser le terrain. L’engin volant crée un nuage de points pour créer l’image du relief au sol ; le récepteur centimétrique s’appuie sur des antennes disséminées sur le territoire, qui donnent des repères connus et permettent d’envoyer les corrections à un serveur. « Avec les GPS, par exemple, c’est précis entre un et cinq mètres, avec nos outils, c’est une précision au centimètre », appuie l’un des géomètres sur place.

Mais si une grosse partie du travail est effectuée ce jour-là, il faudra encore quelques jours de travail pour arriver au produit final, l’orthophoto. « On superpose les photos qui ont été prises aujourd’hui et on les travaille et retravaille pour que ça donne une représentation fidèle du relief », indique l’un des pilotes du drone. Des gestes séculaires des pastoralistes aux vols de haute précision des engins volants, le site des Goutets scelle ainsi une rencontre réussie entre vieilles pierres et haute technologie.

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