Sysnav : la deeptech française qui veut rendre le GPS… optionnel

Née des besoins de la Défense, Sysnav a développé une technologie capable de localiser une personne ou un véhicule sans signal GPS. Aujourd’hui, cette innovation française est utilisée aussi bien dans les essais cliniques que sur les pistes des aéroports ou pour protéger les travailleurs isolés. Avec une ambition : devenir un leader mondial de la navigation sans GPS.




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Pendant des décennies, le GPS s’est imposé comme la référence mondiale en matière de géolocalisation. Pourtant, il possède une faiblesse majeure : il dépend d’un signal satellite qui peut être brouillé, indisponible ou tout simplement absent, notamment à l’intérieur des bâtiments, dans les tunnels ou en situation de conflit. C’est précisément ce défi que s’est donné pour mission de relever Sysnav. Créée à la fin de l’année 2008, la deeptech française développe une technologie capable de continuer à mesurer les déplacements et à localiser une personne sans aucun recours au GPS. Une innovation qui trouve aujourd’hui des applications dans des secteurs aussi variés que la santé, les transports, l’industrie ou encore la défense.

 

Des laboratoires du ministère des Armées à la création d’une deeptech

Avant d’entreprendre, David Vissière suit un parcours peu commun. Ingénieur de formation, il rejoint d’abord l’armée de l’air avant d’intégrer un centre de recherche du ministère des Armées, à Vernon, spécialisé dans les systèmes de navigation. Sa mission consiste alors à résoudre un problème stratégique : comment continuer à se repérer lorsque le GPS n’est plus disponible ? À cette époque, les capteurs inertiels, ces accéléromètres et gyroscopes que l’on retrouve aujourd’hui dans tous les smartphones, commencent à apparaître sur le marché grand public. Avec son équipe, David Vissière explore leur potentiel et met au point de nouvelles méthodes permettant de mesurer les mouvements et de maintenir une localisation fiable sans signal satellite. « La clé, c’était d’être capable de compléter ou de remplacer la localisation par satellite dans un certain nombre de conditions », résume-t-il. Les premiers travaux débouchent sur un brevet déposé en 2007. Comme beaucoup de startups deeptech, les débuts sont marqués par un long travail de recherche et développement. L’objectif est d’abord de transformer une rupture technologique en produit industriel capable de convaincre ses premiers clients. Une étape décisive intervient entre 2018 et 2019 lorsque l’entreprise décroche simultanément ses trois premiers contrats de production en série.

 

Une technologie unique qui trouve sa place dans plusieurs secteurs 

Si la technologie de Sysnav est née pour répondre aux besoins des armées, ses premiers débouchés seront finalement civils. L’un des cas d’usage les plus parlants concerne la protection des travailleurs isolés. Dans une usine, un entrepôt ou un site industriel, une personne peut être amenée à travailler seule. En cas de chute ou de malaise, encore faut-il pouvoir la retrouver rapidement. La solution développée par Sysnav détecte une immobilité ou une perte de verticalité, déclenche une alerte puis fournit sa localisation précise, même dans un environnement où le GPS est inopérant. L’entreprise revendique aujourd’hui une technologie unique sur ce marché. « Nous sommes la seule technologie qui permet de localiser des gens en continu ou de mesurer du mouvement en continu, quelles que soient les conditions », affirme David Vissière. Cette expertise dépasse largement le seul domaine industriel. Sysnav fournit également des systèmes utilisés dans les essais cliniques afin de mesurer objectivement les mouvements des patients et d’évaluer l’efficacité d’un traitement. Sa technologie est la seule à avoir obtenu une qualification réglementaire pour cet usage. Autre marché stratégique : celui des transports. Les systèmes de localisation développés par l’entreprise équipent notamment les dispositifs anticollision utilisés sur les aéroports de Roissy-Charles-de-Gaulle et d’Orly, tout en accompagnant les évolutions de la conduite autonome. Un même socle technologique irrigue ainsi plusieurs marchés, avec une promesse commune : continuer à mesurer le mouvement là où les technologies traditionnelles atteignent leurs limites.

 

Une ambition mondiale portée par la souveraineté technologique

Dix-sept ans après sa création, Sysnav poursuit sa croissance. L’entreprise, composée d’environ 80 docteurs et ingénieurs issus des grandes écoles, réalise désormais près de 70 % de son chiffre d’affaires à l’international. Celui-ci est passé d’une dizaine de millions d’euros en 2021 à environ 21 millions d’euros en 2025. Cette même année, l’entreprise reçoit le prix de l’ingénieur général Chanson, décerné par l’Association de l’armement terrestre. Une distinction qui récompense sa technologie de localisation des fantassins en environnement sans GPS. Pour David Vissière, cette reconnaissance possède une forte valeur symbolique. « C’était quelque part un retour aux origines », confie-t-il. « La technologie est née des besoins de défense avant de se développer sur des marchés civils. » L’ambition ne s’arrête pas là. Sysnav vise désormais 50 millions d’euros de chiffre d’affaires d’ici cinq ans, en accélérant son développement sur ses trois marchés historiques tout en poursuivant des opérations de croissance externe. Dans un contexte où les questions de souveraineté technologique, de résilience des infrastructures critiques et de sécurité prennent une importance croissante, l’entreprise entend s’imposer comme un futur champion européen de la navigation sans GPS. Une illustration de la capacité des deeptech françaises à transformer une innovation de rupture, née dans les laboratoires, en une technologie aux applications concrètes, aussi bien civiles que stratégiques.

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