Banques alimentaires : la demande augmente, les ressources s’essoufflent

Les infrastructures qui ont besoin de travaux et les bénévoles qui prennent de l’âge causent des maux de tête aux banques alimentaires du Nouveau-Brunswick, alors qu’elles doivent déjà composer avec une demande de plus en plus importante.

Un nouveau rapport, préparé par le Human Development Council de Saint-Jean pour le compte de Nourrir NB, met en lumière cette crise.

D’abord, selon le rapport, la demande dans les banques alimentaires de la province a bondi de 60 % entre le mois de septembre 2022 et avril 2026.

L’utilisation des banques alimentaires augmente plus rapidement chez les personnes ayant un revenu d’emploi, les étudiants et les nouveaux arrivants, ce qui souligne que les salaires et les soutiens existants n’ont pas suivi le rythme du coût de la vie, peut-on lire dans La situation des banques alimentaires et des cuisines communautaires au Nouveau-Brunswick.

Selon les chiffres présentés dans le rapport, le nombre d’étudiants postsecondaires ayant recours aux banques alimentaires a bondi de 173 % entre 2022 et 2026.

La vice-présidente interne de la Fédération des étudiants et des étudiantes du Centre universitaire de Moncton, Audrey Michaud. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada

La vice-présidente interne de la Fédération des étudiants et des étudiantes du Centre universitaire de Moncton, Audrey Michaud, n’est pas étonnée par ces chiffres qui s’expliquent, selon elle, par le coût de la vie qui ne cesse d’augmenter.

Un sondage mené récemment par l’organisme étudiant, que Radio-Canada n’a pas pu consulter, avait par exemple permis de montrer que 70 % des étudiants avaient de la difficulté à se loger tandis qu’ils étaient 60 % à travailler pendant leurs études.

C’est fou à penser que c’est de jeunes adultes qui commencent leur vie qui doivent avoir accès à des banques alimentaires, explique-t-elle.

Entre 2022 et 2026, le nombre de personnes vivant au Canada depuis 10 ans ou moins et servies par une banque alimentaire a augmenté de 299 %, peut-on lire dans le rapport.

Des infrastructures et des bénévoles vieillissants

En plus, les difficultés des banques alimentaires sont accentuées par le fait que leurs infrastructures sont vieillissantes.

D’après le rapport, parmi les 68 organismes partenaires de Nourrir NB, six ont actuellement besoin de nouvelles installations, et six à huit autres devraient en avoir besoin dans les cinq prochaines années.

Ce constat, dit le directeur général de Nourrir NB, Stéphane Sirois, découle du fait que les banques alimentaires et les cuisines communautaires n’ont jamais été mises en place pour desservir le niveau actuel de demande, c’était censé être une solution temporaire [mise en place] au-delà de 40 ans passés.

Il y a beaucoup d’infrastructures qui n’ont pas eu d’investissements, qui sont un peu dilapidés, que ce soit l’équipement de réfrigération, l’espace. Surtout dans les petites régions rurales, a-t-il expliqué au micro de La matinale vendredi.

Stéphane Sirois répond aux questions des journalistes devant une grande pancarte de Nourrir NB où il est écrit « Ensemble pour un avenir sans faim ».

Stéphane Sirois, directeur général de Nourrir NB.

Photo : Radio-Canada / Allie Chouinard

Alors que la demande pour leurs services ne cesse d’augmenter depuis quelques années, l’épuisement et le vieillissement des personnes qui offrent ces services sont tout aussi préoccupants, ajoute-t-il.

Plus inquiétant, c’est le facteur humain, les ressources humaines. Il y a des fois des employés qui sont rémunérés, 10, 15 ou 20 heures par semaine, et ils travaillent 50, 60 heures, dit-il.

Et c’est sans compter le fait que de nombreuses banques alimentaires et cuisines communautaires comptent sur des bénévoles qui prennent de l’âge.

D’après le rapport du Human Developement Council, 54 % des bénévoles ont entre 40 à 60 ans et 40 %, entre 60 et 80 ans.

Le pool de bénévoles commence à vieillir, les baby-boomers ne rajeunissent pas et c’est surtout eux qui font beaucoup de bénévolat, ajoute M. Sirois.

Même si le gouvernement du Nouveau-Brunswick a annoncé récemment un financement de 9 millions de dollars sur 3 ans pour soutenir les banques alimentaires, il faudra s’attaquer aux autres défis auxquels ces organismes sont confrontés, dit Stéphane Sirois.

On peut avoir toute la nourriture du monde, mais il faut quand même avoir du monde dans nos communautés pour la servir, la préparer dans les cuisines communautaires. Avec ce rapport, on voulait bien documenter ça pour que ça influence nos décisions et qu’on puisse revendiquer des ressources pour adresser ces défis-là sur le terrain.

Malheureusement, dit-il, il est plus difficile de convaincre les décideurs d’investir dans une infrastructure, avoir des sous pour couvrir le salaire d’un employé, une mentalité qu’il faudra travailler à changer.

Pour arriver à surmonter les défis qui pèsent sur les banques alimentaires de la province, notamment en région rurale, il faudra sortir des sentiers battus, croit Stéphane Sirois.

Une personne coupe des oignons.

Les bénévoles dans les banques alimentaires et les cuisines communautaires sont vieillissants, s’inquiète Nourrir NB.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

On songe donc par exemple à mettre sur pied un service de banque alimentaire mobile, capable d’aller dans plusieurs communautés et couvrir un plus grand territoire.

Dans les centres plus grands, il pourrait aussi être important de songer à de nouvelles solutions, croit M. Sirois.

À Saint-Jean, il y a cinq banques alimentaires, on essaye de travailler avec eux parce qu’il y a cinq conseils d’administration, cinq gérants, cinq personnes pour faire la comptabilité, mais ils peuvent se restructurer sous un conseil d’administration avec une représentation de chaque endroit. Il y a des efficacités qui peuvent être faites.

Le gouvernement devra toutefois répondre présent pour réduire la pression.

Bien sûr il faut continuer à revendiquer des programmes sociaux pour diminuer la demande, analyse M. Sirois.

Avec des informations de Babatundé Lawani et de La matinale

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