Face aux nombreux accidents de la circulation, le pays renforce son dispositif de sécurité routière par la technologie. La vidéoverbalisation introduit à Ouagadougou un contrôle automatisé visant à renforcer le respect des règles et à limiter les comportements dangereux.
Le Burkina Faso s’apprête à automatiser une partie du contrôle routier à Ouagadougou. À compter du 1er août 2026, le système national de vidéoverbalisation entrera dans sa phase opérationnelle dans la capitale, après une expérimentation lancée le 7 avril. Le dispositif ciblera dans un premier temps quatre infractions : le franchissement des feux tricolores, le non-port de la ceinture de sécurité, l’usage du téléphone tenu en main au volant et les excès de vitesse.
Les infractions relevées par les caméras seront automatiquement associées au véhicule concerné. Le propriétaire recevra ensuite un SMS précisant les références de la contravention et contenant un lien de paiement via Faso Arzeka, la plateforme nationale de paiements numériques. En cas de non-paiement dans un délai d’un mois, le véhicule pourra être immobilisé lors d’un contrôle routier ou de la visite technique, conformément aux dispositions annoncées par le ministère de la Sécurité.
Au cœur de cette chaîne de contrôle figure un centre de supervision national (Network Operating Center, NOC), présenté par le ministère de la Sécurité fin juillet, regroupant plusieurs écrans destinés au suivi en temps réel de la circulation et des infractions détectées. Cette infrastructure constitue le point de convergence des données produites sur le terrain et doit faciliter leur exploitation par les équipes chargées du contrôle.
Le dispositif repose sur des caméras haute définition associées à des algorithmes d’intelligence artificielle. Lors de la phase pilote, les autorités avaient expliqué que la technologie pouvait détecter automatiquement certaines infractions, lire les plaques d’immatriculation et identifier les propriétaires des véhicules. Le système est également interconnecté avec plusieurs bases de données publiques, notamment celles de la Direction générale des transports terrestres et maritimes (DGTTM), d’e-Contravention et de Faso Arzeka.
Cette évolution s’inscrit dans une démarche engagée depuis plusieurs années pour numériser le traitement des contraventions routières. La plateforme e-Contravention, lancée en 2023 dans le cadre du projet Smart Burkina Faso, avait déjà introduit le paiement numérique des amendes afin de réduire les manipulations d’espèces et de limiter les risques de corruption lors des contrôles. La vidéoverbalisation ajoute désormais une couche automatisée au dispositif, en déplaçant une partie du constat de l’infraction de la route vers les systèmes numériques.
L’enjeu est aussi celui de la sécurité routière. Lors du lancement de la phase pilote, les autorités avaient indiqué que la Brigade nationale des sapeurs-pompiers avait recensé 15 614 accidents en 2025, ayant entraîné 20 617 évacuations sanitaires et 345 décès. En automatisant la surveillance de comportements considérés comme dangereux, le gouvernement veut renforcer la régularité des contrôles, améliorer la traçabilité des infractions et disposer, à terme, de données plus précises sur les comportements des usagers et la circulation.
Le passage à l’opérationnalisation constitue ainsi un changement dans la manière dont les infractions routières sont constatées et traitées à Ouagadougou. La technologie ne se limite plus à enregistrer les comportements sur la voie publique : elle intervient désormais dans toute la chaîne, de la détection de l’infraction jusqu’à la notification et au paiement de l’amende. Pour les autorités, l’objectif affiché est de renforcer le civisme routier et de réduire les comportements à risque. Pour les usagers, le dispositif introduit surtout un contrôle plus systématique, moins dépendant de la présence physique d’un agent sur le lieu de l’infraction.
Samira Njoya
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