Le Burkina Faso a officiellement interdit l’importation de vêtements d’occasion en provenance des États-Unis et d’autres pays occidentaux. La mesure, annoncée par les autorités de Ouagadougou, vise à protéger les artisans et couturiers locaux d’une concurrence jugée déloyale. C’est une décision radicale, et elle ne passe pas inaperçue sur le continent.
Une interdiction assumée, portée au plus haut niveau
Le président burkinabè a lui-même justifié la mesure avec une formule directe : importer des habits usagés, parfois récupérés dans la rue en Occident, n’a aucun sens pour un pays qui cherche à développer son industrie textile. Le message est politique autant qu’économique.
Le Burkina Faso rejoint un groupe encore restreint de pays africains qui ont tenté de réguler ce marché. Le Rwanda avait pris des mesures similaires vers 2016, sous pression des États-Unis qui avaient menacé de sanctions commerciales. Ouagadougou, dans son contexte actuel de souveraineté affirmée, semble moins disposé à plier.
Les vêtements d’occasion importés, appelés « friperie » ou « dead white man’s clothes » dans certaines régions d’Afrique subsaharienne, représentent un marché estimé à plusieurs centaines de millions de dollars par an sur le continent. Une portion significative de ce flux vient d’Amérique du Nord et d’Europe.
Pourtant, la réalité du marché est plus compliquée qu’un simple décret. Des millions de ménages à faibles revenus au Burkina Faso s’habillent via ces circuits informels. Couper brutalement cette offre sans alternative accessible immédiate, c’est prendre un risque social réel.
Ce que ça dit, et ce que ça change pour l’Afrique
La question posée par Ouagadougou est simple et tranchante : pourquoi l’Afrique importerait-elle ce que l’Occident ne voudrait pas recevoir en retour ?
C’est un argument de réciprocité. Et sur le fond, il est difficile à contester.
L’objectif affiché est de redonner de l’espace aux couturiers et créateurs locaux, souvent étouffés par la masse de produits importés à très bas prix. Le secteur artisanal textile existe au Burkina, avec des savoir-faire réels. Mais passer de l’intention à une filière structurée prend du temps, probablement plusieurs années. Rien ne confirme à ce stade qu’un plan d’accompagnement concret a été mis en place pour absorber le choc.
Pour le Cameroun, cette décision burkinabè n’a pas de traduction réglementaire directe. Mais le débat sur les friperies importées y est tout aussi présent, dans les marchés de Yaoundé comme à Douala. La question finira par s’imposer ici aussi.
C’est un virage que d’autres pays africains regardent avec attention.
Journaliste pour 237online.com, Jean-Paul Dzomo Nana couvre l’actualité politique et diplomatique du continent africain.
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