Timbuktu Institute – Semaine 3 Juillet 2026
En plein repli diplomatique vis-à -vis de l’Europe, Ouagadougou semble ne pas vouloir reculer ou tempérer sa démarche. Nouvelle étape franchie dans sa confrontation avec l’Union européenne : la déclaration persona non grata, le 14 juillet, de deux responsables de la délégation européenne à Ouagadougou (le chef adjoint de la délégation et une chargée de programme), sommés de quitter le territoire burkinabè sous 72 heures, sans que les autorités n’en précisent officiellement les motifs. Cela étant, cette décision s’inscrit dans le prolongement d’une résolution adoptée en juin dernier par le Parlement européen, dénonçant la « répression de l’espace civique et des libertés fondamentales » et appelant à des enquêtes indépendantes sur d’éventuelles violations des droits humains. Ce texte avait dès lors été qualifié de « néocolonial » par Ouagadougou, y voyant une atteinte au principe de non-ingérence. De l’autre côté, Bruxelles a fait savoir qu’elle ne voyait « aucun fondement » à cette expulsion et qu’elle évaluait les suites à y donner, dans un contexte où la crise vient s’ajouter à la rupture déjà consommée avec la France et à la dégradation plus générale des relations avec les partenaires occidentaux.
C’est dans ce climat assez tendu que le président de la Commission de l’Union africaine, Mahamoud Ali Youssouf, a effectué une visite de travail à Ouagadougou le 16 juillet, après une étape à Bamako, pour réaffirmer le « réengagement » de l’organisation continentale auprès des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Suspendu des instances politiques de l’UA depuis le coup d’État de janvier 2022, le Burkina Faso a été invité à maintenir le dialogue plutôt qu’à s’enfoncer dans la rupture. En effet, le chef de la diplomatie panafricaine a appelé à une sortie de transition passant par la réouverture de l’espace politique, la reprise des activités partisanes et l’organisation d’élections, tout en plaidant pour un rapprochement entre l’AES et la Cédéao, dont Ouagadougou, Bamako et Niamey se sont retirés en janvier 2024. Sur le plan sécuritaire, il a proposé de revitaliser le processus de Nouakchott, lancé en 2013, en réponse à une demande formulée sans détour par le Premier ministre burkinabè Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, qui a dénoncé le « mutisme et l’insuffisance » de la solidarité africaine face aux crises sahéliennes.
Toutefois, le récent durcissement de Ouagadougou à l’égard de l’Europe ne se traduit toutefois pas par un isolement diplomatique total et uniforme. Le 13 juillet, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré, a reçu l’ambassadeur britannique Angus McKee pour affirmer la volonté commune de renforcer une coopération stratégique en matière de sécurité et de développement, incluant la mise en place d’un cadre de concertation dédié à la lutte antiterroriste. Le diplomate britannique a proposé la création d’un espace d’échanges régional pour les pays sahéliens, tandis que la partie burkinabè a plaidé pour une coopération davantage tournée vers des projets structurants que vers l’aide humanitaire. Signe que Ouagadougou, tout en rompant avec certains partenaires occidentaux, cherche à en diversifier d’autres, à condition qu’ils acceptent de valoriser ses efforts sécuritaires plutôt que de les scruter
Recomposition religieuse et resserrement du pouvoir
Cette diplomatie à géométrie variable trouve par ailleurs un écho intérieur, en l’occurrence dans la manière dont le capitaine Ibrahim Traoré cherche à réaffirmer son autorité sur les registres religieux et politique. Le 16 juillet, devant les Forces vives de la région de Yaadga, il a appelé à un islam « modéré », dénoncé une « minorité d’extrémistes » et défendu la loi encadrant les pratiques religieuses, quelques semaines après l’arrestation controversée de l’imam Ishaq Kindo. Estimant que « l’impérialisme » chercherait à instrumentaliser l’islam pour déstabiliser le pays, il a annoncé un soutien financier aux imams jugés porteurs d’un « bon message », la possibilité de suspendre les prédicateurs dissidents, ainsi qu’un encadrement renforcé des formations religieuses à l’étranger, avec le rapatriement annoncé des jeunes Burkinabè étudiant la charia hors du pays. Ces mesures, ajoutées à l’encadrement des prières dans l’espace public, ont été perçues par une partie des responsables musulmans (pourtant parmi les premiers soutiens du capitaine Traoré en 2022) comme une remise en cause de leur place dans la société, même si le pouvoir s’en défend au nom de la lutte contre l’instrumentalisation religieuse du terrorisme.
Pour autant, cette volonté de reprise en main s’étend au-delà du seul champ religieux. Face aux rumeurs persistantes de rivalités internes, Ibrahim Traoré a répondu avec une limpide fermeté. Les spéculations en question concernent notamment l’absence prolongée de plusieurs figures du régime à l’instar du commandant Oumarou Yabré, chef du renseignement, disparu de la scène publique depuis fin mai, le capitaine Kiswendsida Azaria Farouk Sorgho, ancien porte-parole de la junte ou encore l’affaire de l’imam Kindo. En séjour dans la région du Yaadga, le président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a échangé le 16 juillet, avec les forces vives de la région. Pendant sa prise de parole, Ibrahim Traoré a multiplié les mises au point, affirmant à Ouahigouya qu’« il n’y a pas deux capitaines dans un bateau » et promettant de sanctionner tout comportement « anti-révolutionnaire ». Sans ambages, il a déclaré : « Si quelqu’un merde, je vais te mater sans état d’âme ». Une formule lapidaire qui, en cherchant à dissiper les spéculations, révèle peut-être moins la solidité d’une chaîne de commandement unifiée que la nécessité, pour le régime, de la réaffirmer publiquement.
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