Burkina Faso : une loi controversée place les organisations religieuses sous un contrôle accru de l’État

Serap Dogansoy

22 Juin 2026Mise à jour: 22 Juin 2026

AA / Istanbul / Serap Dogansoy

L’Assemblée législative de transition du Burkina Faso a adopté samedi une nouvelle loi sur les libertés religieuses, un texte controversé qui renforce le contrôle de l’État sur les organisations confessionnelles malgré plusieurs semaines de protestations de responsables religieux et de fidèles.

Le texte, adopté à l’unanimité des députés présents, comprend 110 articles répartis en six titres. Selon les autorités, il vise à mieux encadrer l’exercice des activités religieuses, renforcer la laïcité de l’État et prévenir les dérives extrémistes dans un pays confronté à l’insécurité jihadiste.

Parmi les principales mesures figurent l’interdiction des lieux de culte dans les services publics, l’interdiction de l’enseignement religieux dans les établissements publics et privés laïques, ainsi qu’un contrôle renforcé des financements et des activités des organisations religieuses.

La loi oblige également les organisations confessionnelles à adhérer à une structure faîtière reconnue par l’État. Elle prévoit la création d’un organe national chargé du contrôle des enseignements religieux et de l’homologation des compétences des responsables religieux.

Le texte introduit en outre des sanctions contre l’exploitation des mineurs et des personnes vulnérables à des fins religieuses, notamment la mendicité forcée, la déscolarisation, le travail imposé ou les abus sexuels. Certaines prédications de masse, y compris réalisées par visioconférence depuis l’étranger, seront désormais soumises à une autorisation préalable.

Le ministre de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, a défendu un texte destiné à combler un vide juridique et à lutter contre « le radicalisme religieux » ainsi que contre les discours intégristes susceptibles, selon lui, de menacer la stabilité du pays.

L’adoption de la loi intervient toutefois dans un climat de fortes tensions avec une partie de la communauté musulmane. Plusieurs imams et responsables religieux ont dénoncé une ingérence de l’État dans les affaires cultuelles et une restriction des libertés religieuses.

La contestation a donné lieu à plusieurs manifestations, fait rare dans un pays dirigé par une junte militaire depuis le coup d’État de 2022. Selon des organisations religieuses et des proches des personnes concernées, plusieurs figures religieuses ont été interpellées ces derniers mois.

Parmi elles figure l’imam Mahmoud Barro, disparu depuis fin mars après avoir critiqué publiquement le projet de loi, selon sa famille. Fin mai, l’imam Mohamed Ishaq Kindo, qui s’était également opposé au texte, a été arrêté et sa mosquée fermée par les autorités pour des raisons liées à l’ordre public.

Les autorités présentent cette réforme comme un moyen de garantir la liberté de culte tout en préservant l’ordre public et le vivre-ensemble dans ce pays d’environ 25 millions d’habitants, majoritairement musulman mais marqué par une diversité confessionnelle importante.​​​​​​​

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