» Remettez-moi mon enfant… Pardon… Pardon… C’est ma joie de vivre. C’est ma force dans cette vie. Depuis que je l’ai eue, je tiens, malgré toutes les difficultés… J’ai besoin de mon enfant.”La voix est brisée. Celle de la mère de la petite Noëlle Wandji Bengono, qui a disparu alors qu’elle était âgée d’à peine 18 mois.
La fillette a disparu il y a près de deux semaines, enlevée dans la concession familiale à Nkoabang, en périphérie de Yaoundé au Cameroun.Un quartier déjà marqué par un autre drame. Il y a quelques mois, Divine Mbarga, 11 ans, y avait été violée puis tuée.
Longtemps considérées comme des faits divers isolés, ces affaires prennent aujourd’hui une dimension nationale. Entre 2025 et 2026, plus d’une dizaine d’enfants auraient été enlevés, violés ou assassinés, selon le gouvernement.
Mais certaines organisations de défense des droits de l’enfant avancent des chiffres beaucoup plus alarmants : plus de 400 cas auraient été, en fait, signalés sur la même période.
Lutter contre l’impunité
Pour Jean-Baptiste Nyebel, sous-directeur de la promotion et de la protection des droits de l’enfant au ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, le meurtre de ces enfants est incompréhensible.
« Nous avons le cas de deux enfants tués au couteau par leur propre maman. Une fois interpellée, elle a affirmé que la suggestion lui aurait été faite par des personnes qui lui auraient dit que ça pourrait l’aider à changer son standard de vie » explique Jean-Baptiste Nyebel.
Pour lui cela « dépasse l’entendement humain » et il assure qu’il y a « un réel mal-être généralisé« . Selon Jean-Baptiste Nyebel « nous vivons tous ce mal-être. D’où vient-il qu’on en vienne à ôter la vie aux tout-petits, aux innocents ?”
Un autre élément est régulièrement dénoncé par les familles : le sentiment que les criminels bénéficieraient d’une certaine impunité.
Dans plusieurs affaires, les proches se plaignent d’attendre toujours que la justice soit rendue.
Comme dans le dossier de la petite Orphée, cinq ans, tuée dans des circonstances d’une extrême violence, en août 2024.
Un numéro vert pour signaler les disparitions
Mais récemment, une condamnation a marqué les esprits : le meurtrier du bébé Mathis a été condamné à la peine de mort. Une décision saluée par plusieurs familles, même si beaucoup réclament encore des enquêtes plus rapides et davantage de transparence judiciaire.
« Les sanctions doivent être plus sévères et les enquêtes menées de manière plus efficace pour que les auteurs soient punis. Il faut que les autorités soient promptes à déclencher les procédures, qu’elles n’attendent pas toujours la pression des réseaux sociaux avant d’agir”, explique Olympio Sipora, présidente de l’association Hope and Faith qui milite pour les droits des enfants.
Face à la multiplication des meurtres d’enfants, les autorités ont mis en place un numéro vert pour signaler les disparitions : le 116.
Un service gratuit, rappelle Jean-Baptiste Nyebel. »Ça sonne dans un centre d’écoute où il y a des téléconseillers qui reçoivent l’appel. En fonction de la nature du cas, ils vont vous référer, parce que leur rôle, ce n’est pas de gérer en ligne” précise t-il.
Mais pour de nombreux Camerounais, cela reste insuffisant. Le dispositif n’est en effet accessible que de 7h30 à 18h.Dans plusieurs quartiers, la peur s’est donc installée, car derrière les chiffres et les discours officiels, une réalité demeure : la sécurité des enfants n’est toujours pas assurée.
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