La campagne cacaoyère 2025-2026 s’est achevée sur un net repli des expéditions de cacao camerounais vers les marchés internationaux. Selon le bilan publié par l’Office national du cacao et du café (ONCC), le volume des exportations est tombé à 125 469 tonnes, contre 192 012 tonnes au cours de la campagne précédente, soit une baisse de 34,65 %.
L’Europe demeure le principal débouché des fèves camerounaises, avec 113 528 tonnes expédiées, soit 84,62 % des exportations. L’Asie arrive en deuxième position avec 19 107 tonnes, représentant 14,24 % des volumes, tandis que les pays africains n’ont absorbé que 1,13 % des expéditions.
Cette baisse des exportations est directement liée au recul de la production nationale commercialisée. Toujours selon l’ONCC, » la production nationale commercialisée s’est établie à 247 914 tonnes, soit une baisse de 61 603 tonnes par rapport à la campagne précédente. La région du Centre demeure le principal bassin de commercialisation, représentant 44,54 % du volume total des achats enregistrés au cours de la campagne « .
La contraction de la production s’est également répercutée sur l’industrie de transformation. L’ONCC précise que » le volume de transformation, aussi bien industrielle que locale, a également enregistré une baisse. Il est passé de 110 388 tonnes au cours de la campagne précédente à 95 946 tonnes, soit une diminution de 14 442 tonnes « .
Le bilan publié par l’ONCC ne mentionne pas la valeur des recettes d’exportation générées par les ventes de cacao au cours de la campagne 2025-2026. En revanche, des estimations établies à partir de sources spécialisées du marché indiquent qu’elles se seraient élevées à environ 581,43 milliards de FCFA, contre 1 410,85 milliards de FCFA lors de la campagne précédente, soit un recul de près de 59 %.
Une filière confrontée à une offre plus faible
La campagne, ouverte le 7 août 2025 à Mbankomo et clôturée le 15 juillet 2026, a notamment été marquée par des problèmes phytosanitaires. Dès le 16 septembre 2025, le délégué régional du ministère de l’Agriculture et du Développement rural pour le Sud-Ouest annonçait l’apparition d’une épidémie de pourriture noire des cabosses dans plusieurs plantations de cacao. Cette maladie fongique, qui attaque directement les cabosses, a alimenté les inquiétudes quant aux rendements dans l’un des principaux bassins de production du pays.
Ce recul de l’offre camerounaise est intervenu dans un contexte où le marché mondial du cacao est demeuré sous tension. Les récoltes plus faibles enregistrées chez plusieurs grands producteurs d’Afrique de l’Ouest ont entretenu une forte volatilité des cours internationaux. Au Cameroun, où le prix est librement déterminé par le marché, les producteurs ont ainsi vu les prix bord champ évoluer dans des proportions inhabituelles, oscillant entre environ 700 FCFA et plus de 4 300 FCFA le kilogramme selon les périodes de la campagne.
Cette forte volatilité contraste avec le système en vigueur en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao. Contrairement au Cameroun, le pays applique un mécanisme de commercialisation administré par le Conseil du Café-Cacao. Les exportateurs achètent une grande partie de la récolte au moyen de ventes anticipées et l’État fixe, avant l’ouverture de chaque campagne, un prix minimum garanti représentant au moins 60 % du prix CAF, selon les informations publiées par le Conseil du Café-Cacao.
Pour la campagne 2025-2026, ce prix a été fixé à 2 200 FCFA le kilogramme, contre 1 800 FCFA un an plus tôt, soit une hausse de 22,2 %. Ce dispositif protège les revenus des planteurs lorsque les cours internationaux reculent, mais il les empêche également de bénéficier immédiatement des fortes hausses de prix observées en cours de campagne.
Le modèle camerounais fonctionne différemment. Les prix sont déterminés par la concurrence entre les acheteurs, les exportateurs et l’évolution des marchés internationaux. Lorsque les cours mondiaux progressent fortement, les producteurs profitent rapidement de cette hausse. En revanche, ils subissent tout aussi rapidement les replis du marché, faute d’un mécanisme de stabilisation comparable à celui en vigueur chez le premier producteur mondial.
Perton Biyiha
Publié le 06/08/26 01:35
La Rédaction
Crédit: Lien source