Au Cameroun, Patrick Mengue, poursuivi pour outrage au président de la République, a été condamné dimanche 26 juillet à six mois d’emprisonnement ferme après avoir publié un texte attentatoire selon le ministère public contre le président, même si ce dernier n’est pas cité. Interpellé le 13 avril dernier, soit deux jours après la publication du post en question, Patrick Mengue avait été placé en détention provisoire. La présidente du tribunal de première instance de Yaoundé a rendu sa décision devant une dizaine de membres de sa famille et du collectif d’avocats qui l’assiste.
Publié le :
2 min Temps de lecture
Avec notre correspondant à Yaoundé, Emmanuel Jules Ntap
« Seigneur, tu te rapproches déjà de la cible, encore un effort s’il te plaît ». Ce post de Patrick Mengue faisait suite à l’annonce du décès à 92 ans en avril dernier du président du Sénat, Marcel Niat Njifendi. C’est l’outrage au chef de l’État pour le tribunal qui a prononcé six mois d’emprisonnement ferme.
Yvan Batam Nkolong, l’un des conseils de Patrick Mengue, interroge l’indépendance de la justice dans l’affaire. « Nous avons l’impression que la justice n’a pas été indépendante parce qu’il faut noter que l’infraction était « outrage au président de la République ». Ça fait quand même peur lorsqu’on est en train de juger une affaire et qu’on a pour partie adverse le ministère public, qui défend le chef suprême de la magistrature », affirme-t-il.
Une décision pour « faire peur aux citoyens »
Le collectif d’avocats va interjeter appel pour des raisons qu’évoque Maître Francois Nguini Mebenga. « Au regard des faits, le dossier était vide, note-t-il. Nous ne comprenons pas comment le ministère public a pu s’appuyer sur les éléments vides pour requérir la charge dans ce dossier. En matière pénale, il n’y a pas d’implicité, il n’y a pas d’interprétation. »
Pour Cyrille Rolande Bechon de l’ONG Nouveaux droits de l’Homme, la peine de six mois d’emprisonnement contre Patrick Mengue est un message pour faire peur aux Camerounais. « Il n’y a rien qui justifie cet emprisonnement, si ce n’est tout simplement un besoin de punir, de réprimer, de faire peur aux citoyens, de dire qu’on a l’appareil judiciaire qu’on peut utiliser à tout moment, de créer ce climat de peur qui existe déjà, c’est inacceptable pour nous, les défenseurs des droits humains », dénonce-t-elle.
Le ministère public n’a pas fait de commentaires après le prononcé de la décision. Patrick Mengue, qui a déjà passé trois mois en détention provisoire, pourra purger sa peine jusqu’en octobre prochain.
À lire aussiProcès de l’affaire Martinez Zogo au Cameroun: la défense dénonce les contradictions du colonel Ottoulou
Crédit: Lien source