Mbalam-Nabeba : le Cameroun condamné à payer 600 M USD à Sundance – Africtelegraph

La décision tombe au terme de plusieurs années de bras de fer judiciaire. Un tribunal arbitral constitué sous l’égide de la Cour internationale d’arbitrage de la Chambre de commerce internationale (CCI) de Paris a condamné l’État du Cameroun à indemniser Sundance Resources pour un montant avoisinant 350 milliards de FCFA, soit plus de 600 millions de dollars. L’information a été portée à la connaissance du public le 24 juillet 2026, par un communiqué publié sur le site de Burford Capital Limited, gestionnaire d’actifs spécialisé dans le financement de contentieux internationaux.

Au cœur du différend figure le gisement de fer de Mbalam-Nabeba, l’un des projets miniers les plus stratégiques d’Afrique centrale. La zone, à cheval sur le sud-est camerounais et le nord du Congo-Brazzaville, était présentée depuis plus d’une décennie comme un futur pôle sidérurgique susceptible de bouleverser la géographie mondiale du minerai de fer. Sundance Resources, junior minière cotée à Perth, en avait fait le pivot de sa stratégie africaine avant que le projet ne s’enlise.

Un contentieux minier aux ramifications transnationales

L’affaire illustre les risques contractuels que soulèvent les grands projets extractifs lorsqu’un État souverain revoit unilatéralement les termes d’une convention. Sundance reprochait aux autorités camerounaises d’avoir remis en cause ses droits sur le permis de Mbalam, ouvrant la voie à d’autres opérateurs. La société australienne s’était alors tournée vers l’arbitrage international, seule voie de recours ouverte aux investisseurs étrangers en cas de désaccord avec un État hôte.

Le choix de la CCI de Paris n’a rien d’anodin. Cette juridiction privée, l’une des plus sollicitées au monde pour les litiges commerciaux transfrontaliers, tranche régulièrement des différends miniers et énergétiques impliquant des pays africains. Ses sentences, exécutoires dans la plupart des juridictions grâce à la Convention de New York de 1958, laissent peu de marge de manœuvre aux États condamnés. Yaoundé se retrouve donc face à une obligation financière lourde, dans un contexte budgétaire déjà tendu.

Burford Capital, l’ombre du financeur du procès

La révélation de la sentence par Burford Capital n’est pas fortuite. Le groupe, coté à Londres et à New York, est le principal acteur mondial du financement de contentieux, une industrie en pleine expansion consistant à prendre en charge les frais d’une procédure en échange d’une part du gain final. Sa présence dans le dossier Sundance signale que la junior australienne n’a pas mené seule cette bataille juridique.

Ce modèle bouleverse l’équilibre traditionnel entre investisseurs et États. Des sociétés minières fragilisées, parfois au bord de la liquidation, peuvent désormais engager des procédures coûteuses contre des gouvernements africains grâce à l’appui de fonds spécialisés. Pour les pays hôtes, la donne est nouvelle : la capacité financière du plaignant ne constitue plus un rempart, et les sentences défavorables se multiplient. Le Cameroun rejoint ainsi une liste déjà nourrie d’États africains sanctionnés par l’arbitrage international.

Un signal envoyé aux investisseurs et aux régulateurs

La condamnation intervient alors que Yaoundé cherche à relancer l’attractivité de son secteur minier, encore marginal dans les recettes publiques malgré un potentiel géologique reconnu. Le gouvernement mise sur le fer, la bauxite et le cobalt pour diversifier une économie longtemps dépendante des hydrocarbures et du cacao. Or, la sentence de la CCI pourrait peser sur la perception du risque pays et compliquer la négociation de futurs codes miniers ou avenants aux conventions existantes.

Reste la question du règlement effectif. Les États condamnés en arbitrage disposent en général de plusieurs leviers : négociation d’un échéancier, recours en annulation, voire résistance à l’exécution. Mais chaque option a un coût réputationnel. Pour un pays qui sollicite régulièrement les marchés internationaux et les partenaires multilatéraux, un défaut prolongé sur une sentence CCI enverrait un signal délicat. La suite dépendra de la posture adoptée par Yaoundé face à Sundance et à son bailleur londonien.

Selon Financial Afrik.

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