CHUV : un chirurgien en mission humanitaire au Burkina Faso

De retour d’une mission au Burkina Faso, le professeur Julien Wegrzyn, chef d’orthopédie au CHUV, raconte dans l’émission Forum comment il a aidé à former des soignants locaux sur place, estimant que si les besoins sur place sont « énormes », les compétences sont bien là dans les organisations.

D’une salle d’opération high-tech à Lausanne à un centre médico-chirurgical au Burkina Faso, c’est le grand écart qu’a vécu le chirurgien Julien Wegrzyn, chef d’orthopédie au CHUV, lors d’une mission d’une semaine à Kaya. Il y a rejoint l’organisation humanitaire suisse Morija, qui développe cet établissement depuis 1982 et en a fait une référence pour la prise en charge du handicap.

Sur place, les besoins sont considérables. Le Burkina Faso compte environ deux millions de personnes en situation de handicap, souvent des jeunes, blessés dans des contextes de conflits armés, avec des séquelles graves et un accès aux soins spécialisés limité par l’éloignement des centres de référence.

Une équipe organisée

En arrivant à Kaya, le chirurgien y découvre une structure hospitalière parfaitement organisée, avec des compétences déjà bien établies parmi le personnel local.

 Le succès et la durabilité de ces missions passent par la formation et le transfert de compétences aux professionnels locaux

Julien Wegrzyn, chef d’orthopédie au CHUV

« Les besoins sont énormes, mais les compétences locales sont là dans les organisations. » Selon lui, les soignants burkinabés font avant tout face à des défis logistiques et financiers, plutôt qu’à un manque de savoir-faire. Un industriel suisse a d’ailleurs soutenu la mission en fournissant instruments chirurgicaux et implants orthopédiques pour les patients qui en avaient besoin.

Une leçon d’humilité

Spécialiste reconnu de la hanche et du genou, Julien Wegrzyn a découvert des collègues qui, eux, ne se limitent pas à une spécialité. Ils opèrent toutes les articulations, à tous les âges de la vie, ce qui lui a permis de porter un regard différent sur sa propre pratique, parfois encline à la surconsommation d’examens complémentaires ou de matériel.

« Sur place, on trouve parfois des solutions simples à des problèmes compliqués, même avec des moyens limités », résume le chirurgien, qui dit avoir reçu, en retour de ce qu’il venait donner, une véritable leçon d’humilité.

L'association Morija organise des missions médicales à l'hôpital de Kaya, au Burkina Faso, depuis 1982. [Association Morija]
L’association Morija organise des missions médicales à l’hôpital de Kaya, au Burkina Faso, depuis 1982. [Association Morija]

Former plutôt qu’importer

C’est bien là tout l’enjeu de ces missions, insiste le chirurgien. « Leur succès et leur durabilité passent par la formation et le transfert de compétences aux professionnels locaux. » Il s’agissait d’ailleurs de la première mission suisse organisée sur place depuis 2020, les précédentes ayant été interrompues par la pandémie de Covid-19, puis par une situation sécuritaire qui s’est fortement dégradée dans la région.

D’autres projets sont déjà en préparation, notamment des collaborations universitaires avec les CHU de Bobo-Dioulasso et Ouagadougou, toujours dans cette logique de formation et de création d’emplois locaux. Sur le terrain, le chirurgien a d’ailleurs constaté une nette amélioration de la situation sécuritaire depuis l’arrivée au pouvoir du président Traoré en 2022, avec des populations déplacées qui recommencent progressivement à regagner leurs villages.

Propos recueillis par Valentin Emery et Renaud Malik

Adaptation web: Amaëlle Steffen

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