Le Conseil de sécurité des Nations Unies doit consacrer une session de juillet à l’aggravation de la menace terroriste au Sahel, région où l’emprise des groupes djihadistes ne cesse de s’étendre. Depuis le retrait successif des forces françaises et onusiennes, le Mali, le Burkina Faso et le Niger affrontent une insurrection armée dont la trajectoire inquiète autant les capitales africaines que les chancelleries occidentales. L’ordre du jour de l’instance new-yorkaise reflète cette bascule : ce qui était perçu comme une crise localisée revêt désormais une dimension continentale.
Une insurrection sahélienne qui déborde ses frontières historiques
Les deux principales nébuleuses djihadistes actives dans la zone, le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Sahel, poursuivent une stratégie de conquête territoriale méthodique. Leur emprise ne se limite plus aux zones désertiques du nord malien ou du Liptako-Gourma. Elle s’étend progressivement vers les régions frontalières du golfe de Guinée, menaçant directement le Togo, le Bénin, le Ghana et la Côte d’Ivoire. Cette poussée méridionale redessine la carte du risque sécuritaire ouest-africain.
La logique d’expansion s’appuie sur des ressorts éprouvés. Contrôle des axes routiers, prélèvements sur les activités agropastorales, taxation des flux miniers artisanaux et exploitation des fractures communautaires alimentent une économie de guerre robuste. Les États concernés, exsangues sur le plan budgétaire, peinent à maintenir une présence administrative durable dans les zones reprises. Concrètement, la reconquête militaire ne se traduit que rarement par un retour effectif des services publics.
Le repositionnement stratégique des juntes sahéliennes
Les régimes militaires issus des coups d’État au Mali, au Burkina Faso et au Niger ont opéré une rupture assumée avec leurs partenaires historiques. Le départ de la force Barkhane, la fin de la mission des Nations Unies au Mali (MINUSMA) et la dénonciation des accords de défense avec Paris ont ouvert un vide sécuritaire que les nouvelles autorités entendent combler par des partenariats alternatifs. La coopération avec Moscou, via Africa Corps, ancien Groupe Wagner, s’est imposée comme le pilier de cette recomposition.
Les trois pays ont scellé leur alliance au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), officialisée en 2024 après leur retrait de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Cette architecture régionale, présentée comme une réponse souveraine à la menace, peine toutefois à démontrer son efficacité opérationnelle. Les attaques contre les positions militaires se multiplient, les pertes humaines s’accumulent et le contrôle territorial recule dans plusieurs provinces stratégiques.
Un dilemme diplomatique pour les Nations Unies
La réunion prévue à New York expose la difficulté du Conseil de sécurité à formuler une réponse cohérente. La rupture entre les juntes sahéliennes et l’architecture multilatérale occidentale complique tout redéploiement classique. Aucune nouvelle mission de maintien de la paix n’est envisageable sans consentement des États hôtes, et les autorités de transition ont clairement écarté cette hypothèse. Reste la voie du soutien indirect : appui budgétaire aux forces régionales, coopération sécuritaire avec les pays côtiers, financement de programmes de développement dans les zones vulnérables.
Les partenaires africains eux-mêmes s’interrogent sur la posture à adopter. La CEDEAO, affaiblie par le départ des trois États sahéliens, cherche à préserver un canal de dialogue tout en consolidant les défenses des pays du golfe de Guinée. L’Union africaine, de son côté, plaide pour une approche régionale intégrée mais dispose de moyens limités. Par ailleurs, les acteurs extra-africains — Union européenne, États-Unis, Turquie, monarchies du Golfe — ajustent leurs stratégies en ordre dispersé, sans coordination réelle.
L’enjeu dépasse le seul cadre sécuritaire. La déstabilisation prolongée du Sahel pèse sur les routes migratoires, les circuits énergétiques et les équilibres politiques d’une bande géographique qui s’étire de l’Atlantique à la mer Rouge. Pour les décideurs réunis à New York, la question n’est plus de savoir si la menace peut être contenue localement, mais comment éviter qu’elle ne redéfinisse durablement l’architecture sécuritaire ouest-africaine. Selon PressAfrik, le débat onusien de juillet devrait précisément porter sur les modalités d’une réponse internationale renouvelée.
Pour aller plus loin
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