Il avait été dévoilé en grande pompe l’été dernier, lors d’une présentation sur la cathédrale. Blanc, tout seyant, élégamment orné d’imprimés à la gloire de ses supporters, ultras en tête. Le maillot n’a pourtant guère porté chance au FC Metz. Non seulement l’équipe n’a remporté aucun match les fois où ses joueurs l’ont enfilé, prenant plutôt quelques vestes au passage, mais en plus, courroucés, les fans font la tronche.
Changement de cap stylistique dans le dressing 2026-2027, en prévision du retour en Ligue 2 : plus de supporters dans le motif, mais à travers le tricot vert nuit divulgué fin juin un clin d’œil chromatique à la longue histoire qui unit le club au Sénégal. Depuis 2003, le FC Metz écrit son présent et une partie de son avenir avec l’académie Génération Foot, à Dakar, devenue l’un de ses principaux viviers. En vingt-trois ans, une cinquantaine de joueurs sénégalais ont évolué ici. Et une grosse quinzaine d’entre eux sont devenus internationaux, de Sadio Mané à Papiss Cissé, en passant par Lamine Camara, Ismaïla Sarr, Habib Diallo ou Pape Matar Sarr. Du matos !
« De mon temps »
Mais au-delà de Génération Foot, ce maillot hommage au Sénégal réveille aussi des souvenirs chez ceux qui commencent régulièrement leurs phrases par « De mon temps ». Car, de mon temps, le Sénégal c’était Jules Bocandé…
Bocandé s’est éteint dans un hôpital de Metz, en mai 2012, à l’âge de 53 ans. Victime d’un AVC, il était revenu se faire soigner dans la ville où sa carrière avait changé de dimension. Jusqu’au bout, Carlo Molinari avait tout entrepris pour l’aider. Entre eux s’était nouée une relation spéciale. En 1984, Molinari avait fait venir Jules Bocandé en provenance de Seraing. Il l’avait repéré sur les chaînes de télé belges. Carlo Molinari était pratiquement le seul dirigeant français à recevoir la RTBF. À Seraing, le môme de Casamance était intenable, il enquillait but sur but. Mais le club était en faillite. Bocandé avait signé pour seulement 900 000 francs. À la revente, Molinari obtiendrait dix fois plus. Une véritable aubaine dans un contexte financier où le club, menacé de disparition deux ans plus tôt, tirait encore le diable par la queue.
Après le titre de meilleur buteur de D1 obtenu dès sa deuxième saison, en 1985-1986, Jules Bocandé (23 buts) s’était dans un premier temps entendu avec Bordeaux, le champion sortant. « Tout était réglé, se rappelle Carlo Molinari, mais le PSG s’est manifesté. Le président Francis Borelli a fait des pieds et des mains pour le recruter, il le voulait à tout prix. Dès ce moment, Jules n’a plus eu qu’une idée en tête. Bocandé à Paris, vous imaginez… Il ne pensait plus qu’à ça. Le transfert s’est donc fait. J’ai demandé dix millions et demi au PSG, contre dix millions à Bordeaux. Le demi-million supplémentaire, c’était une sorte de pénalité. » Vexé par la manœuvre, le président de Bordeaux Claude Bez, personnage influent du foot français des années 80-90 et ennemi juré de Bernard Tapie à l’OM, n’adressera plus la parole à Carlo Molinari pendant un an.
S’il n’est resté que deux saisons à Metz, Bocandé y a multiplié fables et légendes urbaines, des barbecues allumés dans son appartement de l’avenue de Nancy à la rumeur d’une vraie-fausse interpellation policière à la sortie du Tiffany, en passant par la grève du joueur, qui réclamait des primes valorisées après l’exploit Barcelone 84. Un personnage. Une figure. Enfin bref, tout ça pour dire que ce n’est pas qu’un maillot third, ce paletot vert nuit ; c’est aussi un maillot romanesque, qu’il est magnifique, et qu’il y aura des preneurs, à n’en pas douter, s’il venait au club l’idée d’éditer une série limitée « Numéro 9 Bocandé ».
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