CNEH : 40 ans de luttes pour l’école haïtienne

Le 13 avril dernier, à Port-au-Prince, la Confédération nationale des éducatrices et éducateurs d’Haïti (CNEH) a célébré son 40e anniversaire lors d’une grande assemblée tenue à l’Hôtel Montana. Placée sous le thème évocateur « La CNEH, 40 ans de luttes : entre crises récurrentes et résilience obligée », cette commémoration a permis de mesurer le chemin parcouru depuis la fondation de l’organisation, le 13 avril 1986 à Léogâne, dans un contexte marqué par la chute de la dictature de Jean-Claude Duvalier.

Alors présidente de la CEQ, Lorraine Pagé avait participé au congrès de fondation de la CNEH. Cela a marqué le début d’une longue collaboration entre la CSQ et la CNEH qui perdure toujours.

Une organisation au cœur du combat démocratique
Dès les premières interventions, la portée historique de la CNEH a été mise en lumière. Pour André Lafontant-Joseph, ancien secrétaire général, la confédération s’inscrit dans « le mouvement du peuple haïtien pour asseoir la démocratie ». Une affirmation qui rappelle que, dès ses origines, la lutte syndicale des enseignants en Haïti s’est confondue avec le combat plus large pour les droits démocratiques.

L’éducation comme levier de transformation sociale
Jean-Bonald Fatal, président de la CTSP, a quant à lui insisté sur le rôle fondamental de l’éducation comme levier de transformation sociale, reprenant la célèbre idée de Nelson Mandela que « l’éducation est l’arme la plus puissante ». Il a salué les acquis obtenus par la CNEH, notamment en matière de sécurité sociale. Rendant hommage à plusieurs figures marquantes du mouvement, il a également souligné le caractère démocratique de l’organisation, contrastant avec certaines pratiques autoritaires observées ailleurs dans la société civile.

Des luttes toujours actuelles pour une école publique de qualité
Mais ces quarante années ne se résument pas qu’à des victoires. Elles témoignent aussi d’un combat constant pour l’accès à une éducation de qualité, dans un contexte où, comme l’ont rappelé plusieurs intervenants, l’État haïtien a souvent failli à ses responsabilités. La question de l’école publique demeure ainsi au cœur des revendications, tout comme celle des conditions de travail des enseignants.

Un ministre entre reconnaissance et engagement
Prenant la parole, le ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle, Vijonet Déméro, a tenu à reconnaître cette réalité, évoquant son propre parcours d’enseignant et les difficultés vécues par la profession. « Jusqu’à présent, j’attends mon salaire pendant cinq ans d’enseignement. » En se présentant à la fois comme « collègue et partenaire », il a insisté sur le rôle essentiel des enseignants comme « bâtisseurs de la cité » et s’est dit ouvert à accompagner les organisations syndicales dans leurs efforts pour transformer l’école haïtienne.

Quarante ans d’engagement et d’espoir
La secrétaire générale de la CNEH, Magalie George, a pour sa part dressé un bilan structuré de ces quatre décennies d’engagement. « 40 ans d’engagement, 40 ans de lutte, 40 années de résistance, et surtout 40 années d’espoir », a-t-elle résumé. Elle a rappelé les trois grandes missions de la confédération : défendre les droits des enseignants, promouvoir une éducation publique de qualité et lutter pour un État de droit et la justice sociale.

Une voix incontournable pour l’avenir de l’éducation haïtienne
Depuis ses premières négociations avec l’État dès 1987 jusqu’à la signature de conventions collectives historiques, la CNEH s’est imposée comme une voix incontournable du paysage éducatif et sociopolitique haïtien. Elle a contribué à faire avancer des enjeux cruciaux, tels que le statut des enseignants, la formation, les conditions de travail et l’adaptation des programmes aux réalités nationales.

Une lutte appelée à se poursuivre
Quarante ans après sa fondation, la CNEH apparaît ainsi comme une organisation arrivée à maturité, mais toujours en lutte. Dans un pays confronté à des crises multiples, son engagement rappelle une évidence trop souvent négligée : sans une école publique forte, accessible et de qualité, il ne peut y avoir ni démocratie durable ni véritable développement.

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