Le Tchad a récemment annoncé l’envoi de 1 500 policiers en Haïti, dans le cadre de la Force de répression des gangs (FRG) mise en place par les Nations unies. Cette force vient remplacer la Mission multinationale d’appui à la sécurité (MMAS), menée par le Kenya. Elle sera envoyée en Haïti, alors que l’Onu a reçu quatre accusations d' »exploitation et atteintes sexuelles » impliquant des membres de la mission kényane.
L’organisation de défense des droits humains, Human Rights Watch(HRW), a attiré l’attention sur ce scandale et fait des recommandations pour que de tels faits ne se reproduisent plus à l’avenir.
De graves accusations, dont des viols sur mineurs
C’est dans un rapport rendant compte des enquêtes pour exploitation et atteintes sexuelles que l’Onu donne des précisions sur cette affaire. Il est ainsi question du viol d’une fille de 12 ans et de deux adolescentes de 16 ans, mais aussi de violences sexuelles, n’ayant pas été précisées, sur une jeune fille de 18 ans, rapportés en 2025.
Des accusations qui, selon le rapport, « ont été jugées fondées à la suite des enquêtes » et transmises aux autorités nationales compétentes, reconnait l’Onu, qui insiste sur le fait qu’il est « important que chaque accusation fasse l’objet d’une enquête approfondie de la part du pays dont viennent les troupes et que des comptes soient rendus ».
L’Onu n’est en effet pas compétente pour poursuivre les auteurs de ces crimes. Il revient à leur propre État de les poursuivre, ce qui n’arrive pas toujours.
Dans cette affaire haïtienne, ce sont des membres de la mission multinationale menée par le Kenya qui sont mis en cause. Ses soldats étaient déployés depuis 2024 et sont actuellement dans un processus de retrait.
Dans ce cas, il ne s’agit pas d’une mission spécifiquement onusienne, mais elle a un mandat du Conseil de sécurité de l’Onu pour soutenir la police haïtienne qui n’arrive pas à faire face à la violence des bandes criminelles qui commettent meurtres, viols, pillages et enlèvements.
La mission multinationale de sécurité, dont des membres sont mis en cause et qui comptait jusqu’à un millier d’hommes, en grande majorité des policiers kényans, est actuellement en train d’être remplacée par la nouvelle Force de répression des gangs (FRG). C’est pour cette nouvelle force que le Tchad a promis 1 500 hommes.
Les recommandations de HRW
Human Rights Watch, qui suit l’affaire des violences sexuelles visant la Mission multinationale de sécurité, a appelé la nouvelle force à « mettre en place des garde-fous plus robustes pour empêcher de nouvelles violations ».
L’organisation insiste sur le fait que les forces internationales envoyées pour restaurer la sécurité devraient éviter d’aggraver les abus dont sont déjà régulièrement victimes les femmes et les filles en Haïti.
Selon HRW, toute allégation d’abus devrait être examinée par un mécanisme indépendant de la chaîne de commandement.
HRW fait ainsi une série de recommandations, notamment des formations standardisées et continues portant sur la violence sexuelle et basée sur le genre, la violence domestique et la violence entre partenaires, ainsi que sur la protection de l’enfance.
L’ONG insiste aussi sur une politique de tolérance zéro envers la violence sexuelle. Tout personnel impliqué devrait ainsi être démis de ses fonctions et déféré devant les autorités compétentes en matière de justice pénale, selon l’organisation.
Un pacte pour l’élimination des abus sexuels
Des accusations d’abus et de violences sexuelles avaient déjà visé des membres d’une mission internationale en Haïti. Entre 2004 et 2017, des Casques bleus de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah), qui avait été déployée sur place, avaient également été accusés de telles violences.
Mais il n’y a pas qu’en Haïti que ces faits ont été signalés. Des Casques bleus de la République centrafricaine, du Cameroun, d’Afrique du Sud, de la République démocratique du Congo, du Gabon et de la République du Congo ont également fait l’objet, par le passé, d’accusations de violences sexuelles dans les pays où ils étaient envoyés en mission.
Dans ce contexte, l’Onu a donc mis en place un plan « Action pour la paix » et surtout un pacte pour l’élimination des abus sexuels. Les signataires s’engagent notamment à lutter contre l’impunité et à soutenir les victimes, en contribuant financièrement au fonds mis en place par les Nations unies.
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