« Comment peut-on élever nos enfants aujourd’hui aux Antilles ? » : en Guadeloupe, le combat sans fin contre les armes à feu – franceinfo
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Les policiers de la brigade anticriminalité font face à des délinquants armés de plus en plus jeunes. Le sujet préoccupe notamment en Guadeloupe, où 12 personnes sont mortes par balle depuis le début de l’année 2026.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder en intégralité.
400 000 habitants et 40 000 armes à feu. En Guadeloupe, il existe une arme pour dix personnes. Les policiers de la brigade anticriminalité sont là pour les traquer. Nous avons l’autorisation exceptionnelle de les suivre. Un véhicule suspect est repéré à 3 heures du matin. Quatre jeunes sont interpellés. Ils ont entre 17 et 20 ans. Face aux policiers, ils jurent que l’arme n’est pas à eux. « On entend ça tous les jours, c’est ça notre jeunesse », commente un policier. Les jeunes risquent jusqu’à dix ans de prison et 500 000 euros d’amende.
La Guadeloupe est un département français miné par les armes à feu. Il y a une saisie tous les trois jours. Parmi les armes récupérées par les autorités : de petits pistolets vendus 500 euros au marché noir, des fusils automatiques ou semi-automatiques.
Nous embarquons pour une nouvelle soirée avec la brigade de nuit. Les policiers sont, cette fois, appelés pour un vol à main armée qui a dégénéré. Dans l’ambulance, la victime blessée par balle. À l’extérieur, les policiers ratissent le quartier pour tenter d’identifier l’auteur des coups de feu. « On est en train de chercher des traces, des indices, à voir si on retrouve des étuis de cartouche au sol », indique un policier.
C’est la deuxième fusillade de la soirée et le quatrième blessé. Pour les policiers, le combat semble sans fin : « Malheureusement, j’ai envie de vous dire que ça ne me surprend pas. On a beau chercher d’arrache-pied les armes à feu, ça continue ».
Des armes qui blessent et qui tuent. En 2025, il y a eu 32 homicides par balle en Guadeloupe, soit une hausse de 45 % en un an. Pour 2026, 12 victimes ont déjà été recensées depuis le début de l’année. Sur l’archipel, un quart des meurtres serait lié au narcotrafic. Certaines armes transitent par l’île de Marie-Galante. Des opérations de contrôle y ont lieu.
Les armes sont fabriquées aux États-Unis ou au Brésil avant de rejoindre La Dominique. À La Dominique, elles sont embarquées pour Marie-Galante, puis elles reprennent la mer pour inonder la Guadeloupe. Pour tenter de les intercepter, la brigade nautique de la gendarmerie intervient alors. À bord, les armes peuvent se cacher partout. Ce matin-là, sur une dizaine d’embarcations fouillées, des bateaux de pêche aux voiliers, aucune saisie n’est réalisée. Les armes sont difficiles à intercepter. « C’est compliqué, mais si on n’accomplit pas ce travail au quotidien, c’est sûr qu’on ne trouvera jamais rien », souligne le major Julien Moreau, de la Brigade nautique de la gendarmerie.
En attendant, la Guadeloupe pleure ses morts. 66 familles ont été endeuillées en deux ans, comme la famille de Jessy Belveder. « On est complètement écorchés depuis le 7 octobre 2025. On ne respire pas normalement, on étouffe. J’ai des palpitations de vous en parler. C’est compliqué pour nous. Ça nous a anéantis », témoignent Claudine et Lynsey Belveder, la mère et la sœur de Jessy Belveder.
Jessy avait 23 ans lorsqu’il a été tué d’une balle dans la tête au volant de sa voiture. Selon la procureure, il aurait été tué par l’une de ses connaissances. Le motif ? Une rivalité amoureuse. Ses proches, à l’unisson, ont choisi de nous rencontrer ensemble pour dénoncer la banalisation des armes dans l’archipel. « Aujourd’hui, c’est pour tout et n’importe quoi. L’insécurité, elle est présente. Peu importe la personne, on peut avoir une attaque sur la route », mettent-ils en avant.
Cindy est l’autre sœur de Jessy. À 31 ans, elle s’interroge sur son avenir en Guadeloupe. « Comment peut-on élever nos enfants aujourd’hui aux Antilles ? Moi, ça ne me donne pas envie d’avoir des enfants. En tant que sœur, je trouve ça tellement difficile à vivre alors, en tant que mère, je ne peux même pas imaginer », dit-elle.
Le meurtrier présumé a, lui, été arrêté. La famille de Jessy attend désormais le procès. Face à la loi des armes en Guadeloupe, les autorités promettent plus de moyens pour la police et la gendarmerie. De nouvelles brigades nautiques et un laboratoire d’analyse balistique ont notamment été annoncés il y a sept mois et devraient voir le jour, nous dit-on, dans les prochains mois.
« Le contrôle des armes à usage civil », rapport de la Cour des comptes, mars 2026
Liste non-exhaustive.
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