Conflit au Soudan du Sud: dramatique insécurité alimentaire à venir, Washington et Londres haussent le ton | TV5MONDE

Quelque 7,9 millions de personnes, soit près des deux tiers de la population, risquent d’être bientôt en grande insécurité alimentaire au Soudan du Sud, a indiqué mardi le gouvernement sud-soudanais, accusé par Washington et Londres d’entretenir le conflit déchirant plusieurs parties du pays.

Les violences sont particulièrement intenses dans l’Etat du Jonglei (centre-est): depuis décembre, les forces gouvernementales, fidèles au président sud-soudanais Salva Kiir, et des milices d’opposition loyales à son rival de longue date Riek Machar, s’y affrontent militairement après qu’un accord de partage de pouvoir a volé en éclats il y a un an.

Des centaines de milliers de personnes ont fui les combats à l’intérieur du Soudan du Sud et vers les pays voisins, aggravant la situation humanitaire dans ce pays pauvre et soumis aux aléas du changement climatique.

« Environ 7,9 millions de personnes connaîtront de hauts niveaux d’insécurité alimentaire » durant la période de soudure à venir, soit avant les prochaines récoltes, alors que le grain récolté lors des précédentes est épuisé, a déploré Lily Albino Akol, la ministre adjointe de l’Agriculture, lors d’une conférence de presse à Juba à l’occasion de la publication de ces projections de l’ONU et des agences humanitaires.

Le Soudan du Sud, pays de plus de 12 millions d’habitants, la soudure s’étend d’avril à juillet.

« Les nombres parlent d’eux-mêmes. Ils explosent », a déploré Charles Vetter, un diplomate de l’ambassade américaine à Juba, lors de la conférence de presse.

Le gouvernement sud-soudanais « continue de mener un conflit à travers le pays, qui déplace les populations » et en même temps « refuse d’investir les ressources nationales dans la fourniture de services publics », a-t-il poursuivi.

« L’obstruction, les ingérences, les vols et les refus d’accès qui perdurent limitent l’efficacité de tous ceux qui tentent d’aider », a encore dénoncé le diplomate américain.

Fin décembre, un rapport des Nations unies avait dénoncé les comportements « prédateurs » des élites sud-soudanaises, coupables selon ses auteurs d’avoir détourné des milliards de dollars de l’argent du pétrole depuis l’indépendance du Soudan du Sud en 2011.

Risques de famine

La plupart des Sud-Soudanais, de ce fait, vivent « dans une pauvreté extrême et souffrent de faim aiguë », dénonçait ce texte, soulignant que le PIB par habitant était « le quart de ce qu’il était à l’indépendance » et que le Soudan du Sud figurait à la 192e place sur 193 pays en matière d’indice de développement humain (IDH).

Quelque 73.000 personnes devraient cette année connaître une situation de catastrophe alimentaire, avec des pénuries de nourriture extrêmes, soit une augmentation de 160% par rapport à l’année précédente, selon les chiffres de l’ONU publiés mardi.

Quatre comtés des Etat de Jonglei et du Haut-Nil (nord-est), où l’insécurité est grande, sont à « risque crédible de famine », avertissent également les Nations-Unies et environ 2,2 millions d’enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition, dont 700.000 sont en danger de « malnutrition sévère et mortelle ».

Une situation qualifiée de « très préoccupante » par la représentante de l’ONU au Soudan du Sud, Noala Skinner, pour qui ces chiffres doivent servir d' »avertissement et de feuille de route ». « Nous devons sauver des vies maintenant », a-t-elle lancé.

« Nous nous attendons à ce que la saison de soudure soit plus dure que jamais », a regretté Seb Fouquet, un diplomate britannique basé à Juba. « C’est la paix qui aidera à régler la crise de l’insécurité alimentaire ».

La ministre adjointe de l’Agriculture, Mme Akol, au nom du gouvernement sud-soudanais, a de son côté « déconseillé l’utilisation abusive de déclarations prématurées de famine par les parties prenantes ».

Le Soudan du Sud, qui s’est séparé du Soudan en 2011 à l’issue de deux guerres sur près de quatre décennies contre Khartoum, a ensuite sombré dans une guerre civile sanglante entre 2013 et 2018, qui opposait déjà les forces de MM. Kiir et Machar. Elle avait fait plus de 400.000 morts et quatre millions de déplacés.

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