Pour ce cinquième épisode, nous parlons ce matin d’héritage linguistique. En France, de nombreux parents du Congo-Brazzaville ont choisi de ne pas transmettre les langues de leur pays à leurs enfants, ce que ces derniers remettent parfois en question aujourd’hui, souhaitant se connecter à la culture de leur famille. Du lari au kiluba, ces descendants d’immigrés congolais comptent sur la langue pour se rapprocher du pays dont ils sont éloignés.
Un reportage de Naïma Dieunou Simo
Cathy Bitounti est assise à table, face à ses parents. Entre deux chips avalées sur le pouce, elle les écoute parler lari, la langue congolaise pratiquée chez elle depuis qu’elle est toute petite. Sa mère et son père viennent du Congo-Brazzaville. Ils sont arrivés en France en 1999 et vivent à Melun, au sud de la banlieue parisienne.
« Mbote Nzago Cathy », dit son père à son intention, en lari. « Il m’a dit »bonjour à toi » », traduit-elle. Cathy Bitounti est la seule des cinq enfants d’Irénée Cyriaque et d’Armelle Bitounti à comprendre cette langue. « Mes parents ne m’ont jamais appris à le parler, mais à la maison, ils ont toujours parlé le lari. Et je pense qu’inconsciemment, il y a des choses que j’ai commencé à décortiquer. C’est ce qui fait que maintenant, je le comprends très bien », explique-t-elle.
Mais cette transmission n’a pas été chose facile. Comme dans de nombreuses familles venues du Congo, le français est la seule langue que les parents ont souhaité transmettre à leurs enfants. Armelle Bitounti, la mère, l’explique par l’éducation qu’elle a reçue au pays. « Quand on grandissait, nos parents nous obligeaient à parler français. Même nos grands-parents qui quittaient le village, quand ils venaient en ville et qu’ils nous parlaient en lari, on leur répondait en français », raconte-t-elle.
Aujourd’hui, cependant, ces parents réalisent que c’est une part de leur histoire qui risque de se perdre. « C’est quelque chose qu’on a hérité des parents et de nos grands-parents, et qu’on est en train de déconstruire aujourd’hui », regrette Irénée Cyriaque.
Toujours en région parisienne, dans un parc, Raphaël Dzouolo, 17 ans, partage ce constat. Comme Cathy, il voit dans l’apprentissage de la langue un moyen d’être en phase avec sa culture congolaise. Il écoute régulièrement sa mère parler kiluba et lui pose des questions. Mais pour l’instant, Raphaël ne peut prononcer que quelques mots. « J’ai ce rapport compliqué parce que ça me coupe d’une partie de mes racines, forcément, de ne pas savoir transmettre ni même penser dans cette langue », confie-t-il.
« Ce n’est pas quelque chose qui est dit aussi frontalement, mais ça se ressent par rapport à toutes les actions que notre mère peut mettre en place. Je sais que parfois, elle nous envoie des vidéos, un peu de musique, de chant, pour tenter de réapprendre. Mais ça reste quand même un regret », ajoute-t-il. Pour Raphaël, comme pour de nombreux jeunes, la langue parlée par les parents et les grands-parents est un héritage qu’il souhaite préserver. Et peut-être, le transmettre à son tour aux générations futures.
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