Coupe du monde 2026 : combat de MMA, match sans règles… Pourquoi les nations sud-américaines ont-elles un style de jeu agressif (voire parfois antisportif) ?
Huitième de finale de Coupe du monde ou combat pour la ceinture de champion de boxe poids lourd ? Cela fait maintenant plus d’un mois que la plus grande compétition de football a commencé et tous ceux qui l’ont regardée ont remarqué la même chose : le jeu des équipes sud-américaines agace les équipes européennes. Grinta, agressivité, flirt avec la limite… Pourquoi sont-ils aussi méchants ? Explications avec Martine Benammar, experte du foot et spécialiste de l’Amérique du Sud.
Depuis le début de la Coupe du monde, des équipes sud-américaines se font remarquer pour leur style de jeu bien particulier. Il y a quelques jours, lors du huitième de finale entre la France et le Paraguay, où les Bleus se sont imposés 1-0, l’Albirroja a pris la foudre des médias internationaux. En cause : style de jeu. Fautes successives, gain de temps sur les remises en jeu, agressivité démesurée, antijeu… Les Paraguayens ont flirté avec les limites durant toute la rencontre sans prendre un seul carton. Dans le match qui opposait l’Argentine et l’Angleterre mercredi dernier, les coéquipiers de Lionel Messi ont aussi adopté la tactique de l’agressivité. Au terme de la première période, le compteur de fautes s’élevait déjà à 19 unités, bien aidé par la frustration des Anglais. Explications.
Pourquoi le football sud-américain est-il considéré comme violent ?
Martine Benammar, experte du foot et spécialiste de l’Amérique du Sud : Ce n’est pas tout le football sud-américain qui est considéré comme violent, ce sont seulement les nations hispanophones. Pourquoi ? C’est d’abord parce que ces sociétés sont intrinsèquement violentes. Ce n’est pas juste du folklore. Prenez l’Argentine, l’Uruguay, le Chili : là-bas, il y a une culture du rapport de force, qui vient de leur histoire politique, des coups d’État, des dictatures. Le football reflète ça : pour gagner, il faut être le plus fort. Et si ça doit passer par des tacles à hauteur de short, personne ne s’en offusque vraiment.
Parfois, l’arbitre fait juste son match en laissant filer de peur de subir des représailles après la rencontre.
Le match France – Paraguay hier a révélé la face la plus laide du football.
Provocations permanentes, fautes répétées, simulations, agressions… les Paraguayens ont tout fait pour déstabiliser les Bleus.L’arbitre a laissé filer beaucoup trop de choses, au point qu’on peut… pic.twitter.com/dgV3fVEbHN
— Alain Weber (@alainpaulweber) July 5, 2026
Pendant longtemps, le jeu n’était pas vraiment sanctionné, ni par les règles, ni par les arbitres. On a tous vu des exemples : Maradona qui se fait casser la jambe, Pelé à plusieurs reprises, les arbitres qui laissent faire parce que c’est l’usage, etc. Les cartons jaunes arrivent tard dans l’histoire. Ce n’est pas marginal, c’est toute la société qui pousse à ça, même dans les tribunes : il y a les fameux Barras Bravas, ces groupes ultras qui exigent ce type de jeu et n’hésitent pas à intimider les dirigeants et les joueurs si l’équipe ne donne pas satisfaction.
Est-ce que ce style de football existe dans tous les clubs ou seulement dans certains milieux ?
C’est encore plus vrai dans les clubs moyens ou petits, ceux de deuxième ou troisième division à Buenos Aires. Là, c’est un concentré de tout ce qu’on disait : la violence, ponctuée de sorties sur civière et quasiment jamais de cartons rouges. C’est parfois à mourir de rire, tellement c’est excessif. Il y a des joueurs très techniques, mais ceux-là partent vite en Europe. Ceux qui restent sont soit très jeunes, soit n’ont pas le niveau pour partir, donc ils doivent compenser autrement, souvent par leur agressivité. Ce n’est pas juste une affaire de niveau, c’est la pression de la société, du public, de tout l’environnement du foot sud-américain.
Les arbitres jouent-ils aussi un rôle ?
Les arbitres en Amérique du Sud sont longtemps restés laxistes. Il y a quelques exceptions, comme certains très bons arbitres argentins, mais en général, le niveau est plus bas. Parfois, l’arbitre fait juste son match en laissant filer de peur de subir des représailles après la rencontre. La pression est forte aussi pour eux. Et comme les lois du jeu ne sanctionne pas vraiment non plus, tout le monde s’en accommode. C’est comme si tout était conçu pour que la violence fasse partie du jeu.
Il y a une culture du rapport de force, qui vient de leur histoire politique, des coups d’État, des dictatures. Le football reflète ça : pour gagner, il faut être le plus fort.
Pourquoi les équipes européennes ont-elles du mal face à ce style de jeu ?
Déjà, elles les croisent rarement à cause du calendrier. La Ligue des nations européenne, par exemple, a beaucoup limité les possibilités de matches amicaux contre des équipes sud-américaines. Maintenant, quand les sélections sud-américaines font des amicaux, tout se passe souvent à Londres ou en Europe, puisque la plupart de leurs joueurs y jouent. Donc, il y a peu d’occasions de se frotter à ces styles, et à la Coupe du monde, ça fait toujours un choc.
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Un Messi, par exemple, n’a presque jamais joué contre l’Angleterre, alors que c’est censé être un adversaire historique. C’est ce manque de confrontation et de connaissances mutuelles qui fait que les équipes européennes se retrouvent parfois surprises ou déstabilisées par la dureté et la farouche envie de gagner des Sud-Américains, surtout sur les matches couperets. Ce sont deux mondes différents sur le plan footballistique et social, qui se comprennent mal. C’est là que le choc se produit.
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